Washington impose un deal à la RDCongo et au Rwanda [Exclusif]

Alors que l’Est de la République démocratique du Congo reste déchiré par les violences, Washington tente de forcer la paix... à coups de milliards.

Les États-Unis, via leur conseiller spécial pour l’Afrique, Massad Boulos, poussent Kinshasa et Kigali à signer un double accord : un traité de paix politique couplé à des contrats miniers colossaux, censés injecter des milliards de dollars d’investissements occidentaux dans la région.

Un accord sous pression diplomatique

L’idée paraît noble : mettre fin à un conflit vieux de deux décennies. Mais le timing, la méthode et les bénéficiaires réels posent question. 

En coulisses, ce processus est piloté depuis Washington, avec un objectif clair : garantir l’accès des multinationales américaines aux ressources stratégiques de la RDC — notamment le cobalt, le tantale et le lithium — tout en sécurisant les flux d’approvisionnement à travers le Rwanda.

“Les accords de paix et miniers seront signés le même jour à la Maison Blanche, puis un accord similaire, mais d'une taille différente, sera signé ce jour-là avec le Rwanda », a déclaré Massad Boulos dans une interview depuis Doha relayé par Reuters. Une phrase révélatrice : la paix devient ici une condition à un contrat commercial, et non l’inverse.

Les Congolais attendaient des sanctions, pas une alliance

Du côté congolais, la surprise est amère. La population et de nombreux acteurs politiques réclamaient depuis des mois des sanctions sévères contre le Rwanda, accusé de soutenir activement la rébellion du M23. Or, au lieu de punir, Washington semble récompenser Kigali d’un siège à la table des négociations... avec promesse d’accords économiques à la clé.

La déception est d’autant plus forte que les combats continuent, que des millions de civils sont déplacés, et que le M23 contrôle toujours plusieurs localités dans le Nord-Kivu. Dans ce contexte, beaucoup s’interrogent : peut-on vraiment signer une paix sans justice ?

Pour certains analystes, cet accord ressemble à une privatisation diplomatique du conflit. L’enjeu dépasse la seule stabilité régionale : il s’agit de repositionner les États-Unis face à la Chine, omniprésente dans le secteur minier congolais depuis plus d’une décennie.

“Il ne s’agit pas de paix, il s’agit de contrôle stratégique des matières premières”, estime un expert en relations internationales basé à Nairobi.

Les États-Unis exigent du Rwanda le retrait de ses troupes du territoire congolais et la fin du soutien au M23. En échange, le Rwanda pourrait devenir un hub régional de transformation des minerais, renforçant sa place dans les chaînes de valeur mondiales.

Selon les informations recueillies, les ministres des affaires étrangères pourraient se rendre à Washington dans les semaines à venir soit mi-Mai pour signer cet accord, une annonce qui suscite déjà des tensions dans l’opinion congolaise. Pour nombre de citoyens, un traité signé sous pression étrangère et sans débat national serait une nouvelle forme de soumission géoéconomique.

En attendant, un comité de suivi international (composé des États-Unis, du Qatar, de la France et du Togo) a été formé pour évaluer les progrès vers l’accord final, censé être présenté à la mi-mai. Mais sur le terrain, les balles n’ont pas encore cessé de siffler, et les populations déplacées n’ont pas encore retrouvé leur foyer.

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