Photo d'illustration
La province de la Tshopo traverse une crise sécuritaire et psychologique sans précédent. Le phénomène dit d'atrophie de sexe une croyance selon laquelle certaines personnes feraient disparaître les organes génitaux d'autrui par des moyens mystiques plongent la population dans une terreur collective. En quelques jours, cette rumeur a viré au drame, entraînant plusieurs morts dans des actes de justice populaire d'une violence inouïe.
Ce mardi 7 octobre 2025, la psychose a encore fait des victimes en pleine ville de Kisangani. Selon le bourgmestre de la commune Kisangani, Jupson Bokendi Liele, trois personnes ont été lynchées par la foule, accusées d'être impliquées dans ces prétendues disparitions d'organes. Une scène d'hystérie urbaine qui illustre le degré de méfiance généralisée envers les institutions de sécurité et de justice.
La veille, lundi 6 octobre, le territoire d'Isangi a été le théâtre d'un autre drame d'une cruauté sans nom. Quatre membres d'une mission d'enquête de la Division Provinciale de la Santé (DPS/Tshopo), chargés de collecter des données dans le cadre de l'évaluation d'une stratégie de vaccination, ont été tués à coups de pierres et de machettes par des habitants des villages Ilambi et Yafira. Pris de peur et manipulés par des rumeurs, ces villageois ont accusé les enquêteurs d'être à l'origine des cas d'atrophie signalés dans la zone.
Comme si cela ne suffisait pas, à une vingtaine de kilomètres de Kisangani sur la route de Yangambi, le deuxième vice-président de l'Ordre National des Infirmiers du Congo (ONIC/Tshopo), Bienvenu Lomande, a été violemment agressé par des jeunes en furie. De retour d'Isangi où il s'était rendu pour des raisons familiales, il est actuellement hospitalisé dans un état critique.
Face à cette vague de violence irrationnelle, le président provincial de l'ONIC, Jérôme Bonui Boliaka, a lancé un appel pressant au calme et à la retenue. Il exhorte les autorités provinciales et nationales à agir sans délai pour rétablir l'ordre, protéger le personnel médical et combattre la désinformation à l'origine de ces drames.
Parti du territoire de Basoko, le phénomène s'est propagé à Ubundu, Yahuma, avant d'atteindre aujourd'hui le chef-lieu de la province, Kisangani. Dans l'espace de quelques semaines, une dizaine de personnes ont perdu la vie, souvent sur la base de simples soupçons ou de dénonciations infondées.
Cette situation alarmante menace désormais la cohésion sociale et révèle un profond malaise collectif, nourri par la peur, la rumeur et la perte de confiance dans l'État.
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