Tshisekedi, un pouvoir resserré : la famille au cœur de l’État

Tshisekedi


Alors que les tensions s’intensifient dans l’Est de la République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi gouverne désormais avec un cercle de plus en plus réduit.

Sous pression militaire, isolé diplomatiquement dans la sous région, le chef de l’État congolais s’en remet désormais à ses proches les plus fidèles : sa famille.

La méfiance gagne les cercles sécuritaires

La chute surprise de Goma puis de Bukavu a provoqué une onde de choc au sommet de l’État.

Convaincu d’avoir été trahi ou mal conseillé, Félix Tshisekedi a évincé plusieurs figures clés de son premier mandat pour confier la gestion sécuritaire à son frère cadet, Jacques Tshibanda Tshisekedi.

Ce dernier, jusque-là discret, est devenu l’architecte de la nouvelle stratégie sécuritaire, en lien direct avec des partenaires comme les États-Unis, Israël ou encore les Émirats arabes unis.

Sa mission ? Réorganiser un système miné par les rivalités internes et neutraliser les risques de collusion avec les ennemis du régime, à commencer par le M23 et ses soutiens présumés à Kigali.

Un clan familial omniprésent

À mesure que la confiance dans l’appareil d’État s’effrite, le président s’appuie sur sa famille pour verrouiller les secteurs sensibles. Anthony Tshisekedi, son fils, a été nommé au conseil d’administration de la Sicomines, pierre angulaire des relations minières entre la RDC et la Chine. Pendant ce temps, Christian et Thierry Tshisekedi, ses frères, multiplient les interventions dans les provinces riches du Katanga et du Lualaba, provoquant des remous parmi les notables locaux.

Le pouvoir semble répondre à une logique simple : concentrer les leviers de décision entre des mains jugées loyales, quitte à faire grincer des dents dans les sphères économiques et politiques.

Maman Marthe, figure tutélaire toujours influente

Au sommet de cette constellation familiale, une figure résiste au temps : Marthe Kasalu Jibikilayi, la veuve d’Étienne Tshisekedi. À 87 ans, "Maman Marthe" reste une voix qui compte. Discrète mais redoutablement influente, elle continue de peser dans les nominations, les arbitrages politiques, voire même les décisions judiciaires. Son rôle dépasse la simple symbolique : elle veille sur l’héritage politique de son mari et sur l’ascension des jeunes membres du clan, comme sa petite-fille Christina Tshisekedi, récemment intégrée au cabinet présidentiel.

La mainmise de la famille présidentielle sur certains pans de l’économie, notamment les mines, a provoqué une fronde silencieuse au sein des élites katangaises. L’ancien bastion de Joseph Kabila voit d’un mauvais œil l’intrusion des Tshisekedi dans ses affaires stratégiques. Face à ce mécontentement croissant, Félix Tshisekedi a tenté une opération de rééquilibrage, nommant de nouveaux intermédiaires comme Théo Mbiye et Isabelle Kibassa pour calmer les tensions.

Mais la méfiance reste vive, et les enjeux autour des contrats miniers, des postes clés et des alliances locales pourraient peser lourd lors des prochaines échéances politiques.

Plus que jamais, le président gouverne en mode défensif. Entre l’instabilité à l’Est, les rivalités internes, et l’impopularité croissante dans certaines provinces stratégiques, Félix Tshisekedi semble avoir opté pour la sécurité familiale au détriment de l’ouverture politique. Ce recentrage pourrait renforcer temporairement le contrôle du pouvoir… mais à quel prix ?


Powered by Froala Editor




leave a reply

For post a comment you need to login your account. Login Now

Comments