La scène était très attendue : la signature de l’accord de paix entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, ce jeudi 4 décembre 2025 à Washington, sous médiation américaine. Mais un détail n’a échappé à personne : les deux chefs d’État n’ont pas échangé de poignée de main, un geste habituellement central dans la diplomatie internationale.
Une absence qui ne doit rien au hasard et qui illustre la méfiance persistante entre Kinshasa et Kigali, malgré la portée historique du texte signé.
Un accord majeur, mais une confiance encore fragile.
Ce traité, présenté comme l’initiative la plus structurée depuis les années 1990 pour stabiliser l’Est de la RDC, acte des engagements réciproques inédits : neutralisation des FDLR par Kinshasa ; retrait des dispositifs militaires rwandais du territoire congolais ; cessation de tout soutien aux groupes armés ; création d’un mécanisme conjoint de sécurité ; relance de la coopération économique.
Sur le papier, il s’agit d’une avancée diplomatique majeure.
Mais dans la salle de signature, aucun geste de proximité. Juste une photo protocolaire, cadrée, parfaitement maîtrisée. Un signal clair : la paix s’engage, mais la confiance reste à construire.
Un choix assumé par les équipes diplomatiques
Selon les observateurs présents à Washington, l’absence de poignée de main est le résultat d’un compromis entre les délégations.
Objectif : éviter toute interprétation politique prématurée, ne pas donner l’impression que les tensions profondes sont brusquement réglées, préserver la sensibilité des opinions publiques des deux pays.
À Kinshasa, le pouvoir veut éviter d’être accusé de normaliser trop vite une relation marquée par des années de conflits meurtriers dans l’Est.
À Kigali, les autorités cherchent à afficher une posture de rigueur, et non de réconciliation immédiate. La médiation américaine met en avant un “pragmatisme indispensable”
Du côté de Washington, on minimise l’aspect symbolique du geste absent. L’entourage du président Trump évoque un accord fondé sur le réalisme, pas sur les photos. Pour les Américains, l’essentiel est que : les engagements écrits soient clairs, les mesures de sécurité soient contraignantes, et que les deux États acceptent un suivi international. “La poignée de main viendra plus tard”, glisse un diplomate américain, “si la mise en œuvre avance réellement”.
Un message envoyé aux opinions publiques
Dans les deux pays, l’absence de contact direct entre les présidents est interprétée comme une marque de prudence politique.
Elle permet à Tshisekedi et à Kagame de montrer qu’ils signent un accord par devoir de stabilité régionale, non par rapprochement personnel. Pour les populations de l’Est de la RDC — premières concernées par l’insécurité ce réalisme est perçu comme un signe que la paix se construit progressivement, loin des symboles mais avec des engagements concrets.
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En choisissant de sceller l’accord sans geste spectaculaire, les deux dirigeants reconnaissent implicitement que le chemin reste long.
Les prochains mois, marqués par la neutralisation des groupes armés, le retrait militaire rwandais et la mise en place du mécanisme de sécurité conjoint, seront déterminants. Pour les observateurs, l’accord est signé, la paix, elle, reste à prouver.
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