Tension Kiev-Varsovie : La Pologne retire une distinction au président ukrainien Zelensky

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Le président polonais, Karol Nawrocki, a annoncé vendredi 19 juin qu'il retirait la plus haute distinction du pays au président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Ce dernier perd l'Ordre de l'Aigle blanc, sur fond de tensions liées à l'histoire commune des deux États voisins.

C'est une décision hautement symbolique qui pourrait nuire aux relations bilatérales entre la Pologne et l'Ukraine. En effet, Varsovie est l'un des plus ardents soutiens de Kiev, tant sur le plan militaire qu'humanitaire, depuis le début de son invasion par la Russie en février 2022. Mais entre les deux pays, un passé historique lourd a refait surface et enflammé la relation.

En avril 2023, la remise de l'Ordre de l'Aigle blanc à Volodymyr Zelensky avait été perçue comme l'expression d'une solidarité exceptionnelle entre les deux voisins. Mais fin mai 2026, le président ukrainien a rebaptisé une unité militaire du nom de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), une organisation nationaliste de la Seconde Guerre mondiale tenue pour responsable en Pologne de la mort de plus de 100 000 Polonais.

« L'UPA demeure avant tout une formation responsable de crimes brutaux »

Voir l'Ukraine renommer une unité militaire ainsi a « indigné » Karol Nawrocki, qui a donc proposé de priver son homologue de la distinction polonaise. « Pour l'écrasante majorité de la société polonaise, l'UPA demeure avant tout une formation responsable de crimes brutaux commis contre des citoyens de la République de Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale », a justifié le chef d'État, dans une allocution publiée vendredi 19 juin dans la soirée sur le réseau social X.

En apprenant fin mai comment l'Ukraine allait renommer l'unité militaire en question, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, proeuropéen et soutien fervent de l'Ukraine, avait parlé d'une décision « inquiétante ». Il avait appelé les deux présidents « à trouver un meilleur moyen que l'échange de coups pour désamorcer ces émotions » tout en appelant la partie ukrainienne à assumer « la responsabilité de cette crise, et donc aussi des moyens d'en sortir ».

Donald Tusk a aussi souligné, ces derniers jours, que le soutien de l'Ukraine dans sa lutte contre la Russie était dans l'intérêt de la Pologne : « Si l'Ukraine perd cette guerre, si cela devait arriver, la Pologne se retrouvera dans une situation dramatiquement plus difficile. » La ligne entre Varsovie et Kiev n'en demeure pas moins grippée aujourd'hui.

L'Ukraine dénonce une décision « méprisante »

En apprenant que Volodymyr Zelensky perdait l'Ordre de l'Aigle blanc, Kiev a immédiatement réagi par la voix de son chef de la diplomatie. Andriï Sybiga a dénoncé une « erreur stratégique » et une décision « méprisante ».

Avant même son entrée en fonction en août 2025, Karol Nawrocki n'a jamais caché ses opinions critiques vis-à-vis de Kiev, se montrant hostile notamment à l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan et à l'Union européenne. Il a également bloqué la législation prolongeant des aides spéciales aux réfugiés ukrainiens en Pologne et ne s'est jamais rendu à Kiev, malgré plusieurs invitations de la partie ukrainienne.

De son côté, l'Ukraine a assuré que le choix du nom de son unité militaire ne visait pas la Pologne. L'UPA a été la branche militaire d'un mouvement indépendantiste ukrainien qui a combattu l'Armée rouge, mais a également affronté la résistance polonaise et tué des civils polonais et juifs. L'UPA a aussi parfois collaboré avec les nazis, se retournant contre eux à d'autres moments. En Ukraine, elle est toutefois honorée comme une force ayant combattu pour l'indépendance du pays, surtout depuis le début en 2022 de l'invasion russe.

Pour le ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha, qui parle d'une décision stratégique qui ne profite qu'à la Russie, ces tensions diplomatiques montrent que malgré des actes de réconciliations et une alliance ukraino-polonaise forte face à l'agression russe actuelle, la question mémorielle reste entière, rapporte la correspondante de la RFI à Kiev, Emmanuelle Chaze : depuis plusieurs années, l'Ukraine reconnaît la participation de certains groupes indépendantistes aux massacres de Volhynie, participe à des commémorations en mémoire des dizaines de milliers de victimes et dans la région frontalière longtemps passée d'un pays à l'autre accepte des exhumations afin que les familles puissent redonner aux victimes des sépultures dignes. Mais Kiev refuse entre autres la qualification de génocide, car pour l'Ukraine, les massacres commis en 1943-1944 constituent un conflit interethnique plus large entre Polonais et Ukrainiens, marqué par des atrocités réciproques.

Avec RFI

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