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Avant de passer le témoin au nouveau comité dirigeant de la SNCC mercredi dernier, Fridolin Kasweshi Musoka, président du conseil d’administration sortant de cetteentreprise a dressé une véritable autopsie de la SNCC, une entreprise que son successeur a décrit comme “ un malade qui doit être acheminé en salle de réanimation “

Dans son discours de remise et reprise, le désormais président du conseil d’administration honoraire de la SNCC a présenté l’évolution de la Société Nationale des Chemins de Fer du Congo durant les vingt dernières années. Des chiffres qui prouvent de la situation très critiques que traverse cette entreprise.

“L’évolution de la production sur les 20 dernières années a été marquée par quatre étapes importantes, qui sont les suivantes :De 2000 à 2005 : environ 540 millions d’unités de trafic par an en moyenne ;De 2006 à 2008 : environ 370 millions d’unités de trafic par an en moyenne ;De 2009 à 2015 : environ 169 millions d’unités de par moyenne ,et en fin de 2016 à 2019 : environ 192 millions d’unités de trafic par an en moyenne.” a dit l’ancien ministre des infrastructures.

Par contre, cette entreprise du portefeuille de l’état a connu une amélioration sensible du coût d’exploitation qui est passé de “2,79 dollars américains par tonne kilomètre à environ 1 dollar américain par tonne kilomètre de 2011 à 2019” a indiqué Fridolin Kasweshi. Même dans ce cas, le tarif appliqué reste très excessif par rapport aux Sociétés Sœurs de la Sous-Région est de 0,20 dollars américain par tonne kilomètre.

2007, le tournant…

Au cours de ce discours en marge de la remise et reprise , le président sortant du conseil d’administration de la SNCC a rappelé que la transformation des Entreprises publiques en Sociétés commerciales a ouvert la voie à des nouveaux objectifs. La feuille de route du Gouvernement prévoyait la relance des activités de la SNCC en trois étapes a

“La phase de Stabilisation, d’une durée initiale de deux ans, est celle qui consistait, la phase de Stabilisation Renforcée qui a mis en œuvre le programme d’investissements d’urgence prévu dans le cadre du Projet de Transport Multimodal (PTM) financé conjointement par le Gouvernement de la République et la Banque Mondiale ; et restaurer la capacité de transport de la SNCC afin de lui permettre d’atteindre le petit équilibre, en vue de couvrir ses charges d’exploitation grâce à ses recettes propres pour une durée initiale de cinq ans et La troisième étape consistait en la mise de schémas d’association du secteur privé à l’organisation d’un service public, tels la concession et l’affermage” a rappelé le gestionnaire.

Le départ de la Banque Mondiale

Les deux dernières années n’ont pas été du tout rose. Les exercices 2018 et 2019 se sont situés dans la poursuite du redressement de la SNCC et avec beaucoup des soubresauts dues notamment.

“ au financement de la Banque Mondiale (IDA) dont le montant alloué pour la SNCC s’élève à 374 millions de dollars américains, a été décaissé à hauteur de 92 %. La fin du Projet de Transport Multimodal, en sigle PTM, était fixée au 30 juin 2018” d’une part explique Fridolin Kasweshi et de l’autre,  « La fin du financement par la Banque Mondiale depuis 2015 des coûts opérationnels dont le montant du financement s’est élevé à 124 millions US$ »

Les défis toujours importants …

Fridolin Kasweshi prévient que
La situation de la SNCC reste fragile tant au niveau opérationnel que financier. En 2019, le niveau de trafic s’est élevé à 172 millions d’unités de trafic contre 202 millions pour l’exercice 2018, une baisse causée par la démotivation

« La baisse sensible du trafic en 2019 s’explique essentiellement par les arrêts de travail connus au premier trimestre de l’année 2019, lesquels arrêts ont conduit la Haute Hiérarchie à prendre les mesures conséquentes en avril 2019, mesures ayant contribué à une paix sociale relative » a indiqué le PCA sortant.
Mais les vrais problèmes demeurent

« La dette sociale ne cesse d’augmenter malgré un départ à la retraite de 4.354 agents pour un coût total de 62 millions US$ financé par la Banque Mondiale ;

  • D’importants investissements ont été réalisés à fin 2018, environ 900 km de voie réhabilités ou sécurisés sur 3.641 km, 38 locomotives neuves acquises et un certain nombre de réhabilitations de matériel roulant a pu être achevé.
  • La réforme de la SNCC s’est limitée à la transformation de l’Entreprise en Société Commerciale de droit privé de type OHADA et aux départs des agents éligibles à la retraite. » « La démotivation générale des agents en raison d’irrégularité de la paie des salaires observés avant 2018, a été résolue grâce à l’utilisation d’une partie de la Redevance Logistique Terrestre, en sigle RLT, à la paie du personnel décidée par la Haute Hiérarchie du pays lors de la visite à Lubumbashi en avril 2019 » a confié Fridolin Kasweshi faisant allusion au passage du président Félix Tshisekedi dans a ville de Lubumbashi.

Des réformes en des réformes…

Fridolin Kasweshi Musoka ne veut pas que les avancées des réformes soient passées sous silence. Il y a beaucoup d’acquis à capitaliser :

« Le PTM a permis l’acquisition de 18 locomotives sur le financement de la Banque Mondial et 20 sur le financement du Gouvernement Congolais, leur mise en service partielle a permis de relancer l’activité dès octobre 2015 » souligne-t-il
« Le PTM a permis d’améliorer la disponibilité de l’Energie pour l’Exploitation à la SNCC grâce à l’acquisition des groupes électrogènes et à la prise en charge partielle des payements des factures de l’électricité SNEL » insiste le prédécesseur d’Antoine Gabriel Kyungu
Wa Kumwanza à la SNCC.

Il est urgent que la réforme de la SNCC soit poursuivie, au risque de voir la situation de l’entreprise régresser dès lors qu’elle demeure vulnérable face aux contraintes majeures persistantes, notamment les problématiques sociales (dette, irrégularité de la paie, non renouvellement des effectifs, financement des travaux de voie, révision de la convention collective, l’absence de régulation entre les transports routier et ferroviaire.

La mise en exécution par le Gouvernement de la Redevance Logistique Terrestre (RLT) à la SNCC lui permettra de couvrir partiellement les investissements de base pour pérenniser les investissements acquis sur le Projet de Transport Multimodal et développer, dans une moindre mesure, de nouvelles opérations de réhabilitation des sections critiques de la voie et du matériel roulant. Mais la nécessité de mobiliser un financement conséquent complémentaire estimé à des milliards de dollars américains demeure urgente pour assurer la remise à niveau de l’outil de production de la SNCC et celui du personnel qualifié à recruter progressivement.

Pour finir, l’ancien ministre des infrastructures a invité les cheminots à travailler main dans la main en prenant des décisions courageuses pour le redressement de la SNCC

« Ainsi donc, je tenais à encourager les animateurs de la SNCC et tous les cheminots à s’investir dans l’élaboration d’un plan de redressement sur une période allant de dix à trente ans, en comptant dans une certaine mesure sur les ressources propres mais aussi sur les ressources extérieures notamment par la constitution des partenariats public privé, avec l’espoir que notre pays pourra améliorer progressivement son classement en termes de climat des affaires, car faut-il le rappeler il n’est pas facile d’investir des milliards de dollars américains dans les infrastructures ferroviaires dans un pays classé 183ème sur 189 pays en termes de climat des affaires et 168ème sur 180 pays en termes d’indice de perception de la corruption. » a dit Fridolin Kasweshi Musoka.

Chris Lumbu

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