Séisme au Maroc : voici pourquoi l'aide de la France a été refusée ?

Image d'illustration ©droits tiers


72 heures après le séisme qui a fait plus de 2 900 morts, le Maroc a répondu favorablement, « à ce stade », aux offres de quatre pays « d’envoyer des équipes de recherche et sauvetage » dont l’Espagne, la Grande-Bretagne, le Qatar et les Emirats arabes unis.

L’aide de la France n’a pour le moment pas été acceptée par le royaume, même si des équipes bénévoles venues de Lyon, Nice ou Saint-Etienne, sont parties sur place. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce refus.

Baisse drastique du nombre de visas

En septembre 2021, la France a décidé de durcir drastiquement les conditions d’obtention des visas à l’égard du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. Leur nombre a été divisé par deux pour les Algériens comme pour les Marocains.

Cette décision était présentée comme une sanction de la France en réponse aux obstructions des autorités de ces pays dans les procédures d'expulsions. 

Pour que les expulsions soient effectives, les pays d'accueil doivent délivrer des « laissez-passer consulaires ». Sans ce document, les procédures d’expulsion sont gelées.

En septembre 2022, plus de 115 organisations au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en France ont lancé un appel contre les discriminations et injustices intitulé « La politique des visas : discriminations et injustice » pour dénoncer cette politique perçue comme une sorte de chantage.

L’affaire Pegasus

À l’été 2021, le consortium de journalistes Forbidden Stories (dont font partie Le Monde et France Info) et Amnesty International ont révélé que les téléphones de nombreux journalistes ont été piratés par les services de renseignement marocains. Au total, 50 000 personnes à travers le monde (femmes et hommes politiques, journalistes, militants des droits humains, etc.) ont été mis sous surveillance par le biais d'un logiciel espion nommé Pegasus, mis au point par une société israélienne et plusieurs gouvernements ont été mis en cause, dont celui du Maroc. Une mise en cause très mal prise par Rabat qui a incriminé Paris.


En avril 2023, la cour d’appel de Paris a confirmé l’irrecevabilité des poursuites en diffamation intentées par le Maroc contre les ONG et les médias français ayant révélé l’affaire.

Rapprochement entre la France et l'Algérie

Les frontières entre le Maroc et l’Algérie sont fermées depuis 1994 et l'Algérie a rompu ses liens diplomatiques avec le Maroc en août 2021, accusant Rabat d' « actes hostiles ». 

Parmi les sujets de tension entre les deux pays, le statut du Sahara occidental, devenu l'objet d'une crise diplomatique. Si la relation entre la France et l’Algérie est loin d’être apaisée elle est « fluctuante » pour reprendre le terme du président algérien Abdelmadjid Tebboune un rapprochement entre les deux pays s’est opéré ces derniers mois.

À l’été 2022, Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, ont scellé la réconciliation entre Paris et Alger en signant une déclaration commune appelant à une « nouvelle dynamique irréversible » pour leur relation bilatérale, soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie. Suite à la visite du président français, le président algérien avait déclaré que les deux pays allaient « agir ensemble dans beaucoup de domaines en dehors de l’Algérie et la France » et que ce rapprochement allait permettre « d’aller très très loin ».

Dans ce contexte, Paris a estimé que le Maroc était « souverain » dans ses décisions et a annoncé une aide de 5 millions d’euros pour les ONG présentes au Maroc.

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