RDC : Un avocat belge retenu à Kinshasa depuis près de 500 jours

Vue de Kinshasa, capitale de la RDC. Ph ENET


Depuis le 24 août 2022, un avocat bruxellois est interdit de facto de quitter le territoire de la République démocratique du Congo. Depuis cette date, qui devait correspondre à son retour en Europe par le vol Air France 716, l’avocat est privé de son passeport, confisqué par la Direction générale des migrations (DGM) pour “vérification”.

Cinq cents jours plus tard, les “vérifications” ne sont visiblement pas terminées.

Un chèque de 600 millions

Toute cette intrigue débute le 9 avril 2021 quand le défenseur, roué aux allers-retours entre Bruxelles et Kinshasa depuis une vingtaine d’années, est consulté par la présidence congolaise dans le cadre d’un dossier pétrolier (Digoil) pour lequel la RDC a été condamnée à hauteur de 617 millions de dollars. Un dossier né sous le régime du président Joseph Kabila.

“Il s’agissait d’informer la présidence sur le traitement antérieur du dossier et de rendre un avis juridique sur la transaction que le ministre des Finances a présentée au chef de l’État”, dit l’avocat, qui explique en substance que la RDC a systématiquement été condamnée par défaut dans cette affaire pour ne pas s’être présentée aux différents rendez-vous fixés par la justice, qu’elle soit congolaise ou internationale. Les juges n’ont donc pas eu à examiner le contenu du dossier.

Lorsque l’avocat belge est consulté, la transaction, présentée par le ministre des Finances, consistait en “une apparente réduction à 300 millions de dollars à payer par l’attribution d’un bloc pétrolier”, poursuit le membre du barreau de Bruxelles.

Pour faire simple ; les plaignants, magnanimes, qui avaient obtenu une condamnation de l’État congolais, proposaient de “troquer” le montant de cette dette contre un bloc pétrolier… qui pouvait rapporter bien plus encore que le montant de la condamnation.

L’avis juridique de l’avocat bruxellois est sans appel : “Tout repose sur un montage frauduleux tendant à imputer artificiellement une dette, foncièrement inexistante, à charge du pays. C’était une opération tendant au pillage des ressources de la Nation ; ce qui aux termes des articles 56 et 57 de la Constitution est constitutif du crime de haute trahison. La présidence de la République semble avoir suivi mes recommandations puisqu’après cela, elle a refusé cette transaction.”

Les malandrins, qui voient s’évanouir les millions de dollars, n’apprécient guère. L’avocat subit des pressions pour modifier ses recommandations. “L’objectif est de duper le chef de l’État”, poursuit le Bruxellois qui va recevoir la visite de deux hauts fonctionnaires du ministère des Finances. “Ils m’annoncent que leur ministre exige que je cesse de l’attaquer et ajoutent que si je persiste dans mes analyses, il allait bloquer des paiements espérant m’assécher financièrement.” Le bras de fer débouchera encore sur un enlèvement le 19 mars 2022 suivi d’une détention arbitraire. L’avocat va prévenir l’ambassade de Belgique à Kinshasa. En guise de réponse, elle explique qu’il s’agit d’une affaire privée et elle lui fournit “une liste d’avocats conseillés à Kinshasa”. Ce 4 décembre 2023, l’avocat est toujours sans nouvelles de son passeport, mais ceux qui prétendent mettre la main frauduleusement sur ces millions de dollars n’ont pas abandonné tout espoir de parvenir à leurs fins.

Avec afrique.lalibre.be

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