RDC : les raisons de l'échec du projet routier "Tshilejelu"

Photos d'illustration , ©Enet


En déplacement dans son Kasaï natal, le président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a été déçu de voir les travaux de construction des routes souffrir d'une léthargie inouïe.

Des sources concordantes parlent même d'un présumé détournement de fonds alloué au projet "Tshilejelu" consacré aux travaux de réhabilitation et la modernisation de plusieurs kilomètres de routes à travers le pays.

Pourquoi le projet "Tshilejelu" a échoué ?

Le président de la République Félix Tshisekedi a, lui même pendant son séjour dans le Grand Kasaï déclaré :

« Je suis venu pour voir de mes propres yeux s’ils ont travaillé ou pas. S’ils n’ont pas travaillé, ils me doivent des explications pertinentes, dans le cas contraire, ils iront en prison ».

Pour tenter d'élucider le problème, l'inspection Générale des Finances avait déjà apporté des éléments susceptibles de justifier le fiasco du projet "Tshilejelu".

Dans une note rédigé par l'IGF le  30 novembre 2022 à l'issue d'une mission diligentée dans le Grand Kasaï et à Kinshasa, consulté par Jeune Afrique , Jules Alingete affirme que le président de la République, Félix Tshisekedi avait déjà été alerté d’un « risque majeur d’un échec programmé du projet ».

Jules Alingete ainsi le chef de la mission d’inspection, Emmanuel Tshibingu N’senga, parlent d'une « Escroquerie planifiée ». 

Selon leur rapport, huit mois après le lancement du projet, seuls 2 km des routes ont été asphaltés à Kinshasa. Aucune portion ne l’a été à Mbuji-Mayi et seuls 6 km sur les 25 prévus dans la capitale du Kasaï Oriental ont fait l’objet de travaux de réhabilitation. Plus inquiétant encore, la note précise que les travaux dans les villes de Tshikapa, Kabinda, Lusambo et Mwene Ditu n’ont simplement pas débuté.

L'IGF évoque plusieurs faits pour justifier ce fiasco .  Elle souligne qu'il existe tout d’abord un décalage entre le coût du projet présenté au chef de l’État et son montant réel. En effet, le document précise que le prix du kilomètre était initialement évalué entre 350 000 et 500 000 dollars mais que la signature du contrat s’est faite sur la base d’un coût global de 138 472 350 dollars pour 141 km de route.

L'inspection des Finances parle également de l'« Incapacité technique » de la société chinoise Crec 7. Selon elle, il existe également « un décalage entre le niveau de financement effectif et les travaux réalisés ». En effet, le rapport assure qu’un financement de 13 000 000 de dollars a été mis à disposition entre février et juin 2021 par la banque UBA et garanti par le Fonds national d’entretien routier (FONER).

Face à ces révélations de l'IGF et sa diffusion par Jeune Afrique , l'entreprise chinoise Crec 7 a dans son droit de réponse envoyé à Jeune Afrique,balayé d'un revers de mains toutes les affirmations de l'IGF.

« L’essentiel des critiques sur le projet repose sur une note du responsable de l’Inspection générale des finances, à l’évidence de parti pris […]. L’IGF fait preuve d’une totale méconnaissance en matière de construction et de modernisation des infrastructures routières, car ignorant tout du génie civil. 

Sur quel fondement affirme-t-elle que, dans le projet Tshilejelu, l’exécution matérielle ne correspond pas à l’exécution financière pour justifier l’arrêt du financement ?

Le déploiement du matériel sur les chantiers peut prendre de 2 à 6 mois ou plus : ainsi le secteur du grand Kasaï est un espace difficile et enclavé, au contraire de Kinshasa, plus accessible […]. Sur le plan financier, la société s’est déjà expliquée. Elle répète ici qu’il n’y a jamais eu d’escroquerie et de soi-disant « détournement » de 13 millions de dollars […].

Le Fonds national d’entretien routier (FONER) apporte la garantie financière pour le compte de l’État et dispose d’un compte séquestre à l’UBA destiné au remboursement du prêt à raison de 1 million de dollars par mois. Seuls 7 mois ont été consignés. De ce fait, comment un quelconque détournement serait-il possible du compte séquestre de l’État ? 

[…] En revanche, la Crec 7 a dépensé de ses propres deniers 6,8 millions de dollars… » a répondu l'entreprise CREC 7 à l'IGF .

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