RDC : les arnaques cryptos prolifèrent dans certaines zones contrôlées par le M23

Vue de la ville de Goma, axe Instigo-Signers. Ph ENET © Prince Bagheni


Alors que les banques ont été fermées pour éviter de financer le parti M23, des arnaques ressemblant à des systèmes Ponzi prolifèrent dans certaines régions de la République démocratique du Congo.

Dans les quartiers de Goma et Bukavu, grandes villes de l'est de la République démocratique du Congo (RDC) tombées aux mains du groupe armé M23, nombreux habitants racontent à qui veut l'entendre avoir amassé des fortunes grâce au trading de cryptomonnaies. Une recette supposément miracle contre la crise économique qui sévit dans ces régions, où les banques ont été fermées sur ordre des autorités de Kinshasa pour éviter de financer le M23 soutenu par le Rwanda, affectant durement le commerce et les ménages.

Mais cette apparente aubaine dissimule des arnaques bien rodées, qui tirent profit d'une population exsangue. "Avec 1.000 dollars d'investissements, je gagne entre 672 et 700 dollars chaque mois", claironne John, fonctionnaire et artiste, attablé sous un parasol sur l'avenue dite "de la Bière" à Bukavu, un lieu de rendez-vous prisé des fêtards dans la capitale de la province du Sud-Kivu.

"Ma première mise était de 800 dollars, après 30 jours j'ai retiré 480 dollars et j'ai laissé 1.000 dans mon compte. Pour le moment j'arrive facilement à 2.000, 4.000 dollars qui me permettent de faire progresser mes business, mes projets et rembourser mes dettes", affirme-t-il en sirotant une bière importée du Burundi, la brasserie locale ayant été fermée à cause des combats.

Système de Ponzi

Seule condition, selon lui: se connecter plusieurs fois par jour et "parrainer d'autres personnes" pour les inciter à intégrer une obscure plateforme de trading en ligne qui se présente comme une fondation établie aux Etats-Unis. Un procédé qui ressemble à s'y méprendre à un schéma pyramidal, ou système de Ponzi, dans lequel les rémunérations des investisseurs proviennent des fonds déposés par les nouveaux adhérents, conduisant inéluctablement, quand ceux-ci se raréfient, à l'écroulement du système et à la ruine de ceux n'ayant pas retiré leur argent.

Mais les premiers à intégrer ces schémas pyramidaux enregistrent des gains records et bien réels. Au sein d'une population congolaise, dont environ 73% vit avec moins de deux dollars par jour, cela en encourage d'autres à tenter leur chance malgré les risques.

"Pas de bureau"

Dans un pays classé parmi les plus pauvres au monde et une région durement affectée par les conflits depuis plus de 30 ans, les arnaques en ligne trouvent un "terreau fertile", déplore Justin Murhula, formateur en sécurité numérique à Bukavu. En juillet, les autorités de Kinshasa et le M23 ont signé à Doha une déclaration de principe sur un cessez-le-feu, à la suite d'un accord de paix signé entre la RDC et le Rwanda fin juin à Washington. Mais ces initiatives n'ont pour l'heure pas permis de rouvrir les banques et soulager l'économie, ni mis fin aux violences.

En attendant, le M23 a imposé ou réintroduit plusieurs taxes pour financer son administration parallèle, tout en appelant les habitants à privilégier les solutions de paiement mobiles. Fishing, faux messages de proches, fausses annonces d'organisations internationales... Les arnaques en ligne n'ont pas attendu l'émergence du M23 pour proliférer dans le pays et chez ses voisins.

"Gains faciles"

Mais "beaucoup de gens en quête de gains faciles, au vu de la situation actuelle de vulnérabilité, se laissent emporter", constate Justin Murhula. Et les prétendues entreprises à l'origine de ces arnaques "n'ont pas de bureau, aucune reconnaissance en RDC", souligne-t-il. Sous les parasols de l'"avenue de la Bière" à Bukavu, les promesses de John ne convainquent pas tous ses camarades autour de la table.

"En 2018, j'ai été victime des arnaqueurs. L'idée était de déposer un montant supérieur ou égal à 200 dollars et de gagner des intérêts mensuels via un système en ligne où on pouvait voir comment ils s'accumulent", raconte Justin, un entrepreneur qui préfère ne pas donner son nom.

"Un mois plus tard, le système a été bloqué" et il a tout perdu, peste-t-il. Pascal Mupenda, juriste à Bukavu, raconte être sans cesse sollicité. "Ils sont parvenus à convaincre trois de mes collègues", soupire-t-il.

Avec AFP et bfmtv

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