RDC : la sécurité sacrifiée sur les RN31 et 2 [le récit d'un périple]

Ph ENET © Isaac K


Les tracasseries administratives se portent à merveille sur les routes nationales numéro 31, sur le tronçon Kindu-Kasongo et numéro 2, sur le trajet Kasongo-Kongolo. C'est en tout cas le constat fait par le reporter d'Election-net.com qui a fait ce parcours de combattant en deux journées. 

Sur le premier tronçon long de 240 Km, election-net.com a dénombré 6 barrières payantes opérationnelles même le dimanche. C'est notamment aux PK4, PK109 à Kayuyu, Kunda, Kipaka, à 25 km de Kasongo et à Mobanga, à environ 7 km de Kasongo en quittant Kindu. Quand la moto transportant le reporter d'election-net.com se pointe à la première barrière de ce tronçon, un agent en tenue de la Direction générale de migration (DGM) se présente. Celui-ci dit contrôler les cartes d'électeurs et fouiller les bagages, alors que d'autres en tenue civile et policière sont sous le hangar en train de guider l'agent de migration. 

Alors que le reporter d'election-net.com demande à l'agent les explications sur son service, un cris sort du hangar pour dire à l'agent d'exiger 5.000 FC avant de laisser passer la moto sans fouille. Après discussion, l'agent exige 2000 FC, malgré l'accord du reporter d'election-net.com de procéder à la fouille des bagages. Le même scénario se reproduit au niveau de chaque barrière de cette première étape de notre périple parti de Kindu chef-lieu de la province du Maniema le dimanche 09 juillet 2023. 

Là où le bât blesse, c'est d'attendre au niveau de chaque barrière les agents retrouvés insister qu'ils sont les agents de sécurité et qu'ils y sont pour veiller à ce que toute chose constituant une menace à la sécurité ne puisse passer, mais ils y laissent passer les bagages sans procéder à aucune fouille systématique si ce n'est qu'exigé les pourboires. À la barrière de Kayuyu par exemple, l'un des agents commis à ce poste n'a pas manqué d'imagination pour justifier les frais demandés lorsque le reporter d'election-net.com lui brandit sa carte de service. Ce dernier va expliquer que la mention "Laissez-passer" se trouvant sur la carte signifie qu'"il faut laisser quelque chose avant de passer".

Le constat est le même sur le tronçon Kasongo-Kongolo, long de 205 km et deuxième étape de notre safari. Au total 9 barrières payantes sont dénombrées sur ce trajet. C'est entre autres, à la sortie de Kasongo vers Kongolo, à quelques mètres de l'Institut Mala de Kasongo, à 15 km, à l'entrée de Samba, à 45 km de Kasongo, à la sortie de Samba en prenant le raccourci de la route rails, une route très utilisée par les piétons et et les motos-taxi. 

Les cinq autres barrières de ce tronçon se trouvent déjà dans le territoire de Kongolo en province du Tanganyika. Les mêmes méthodes retrouvées au niveau des barrières du Maniema sont d'usage. Les agents en tenue civile et de la DGM y font également la loi. 

"La plus redoutable barrière de ce tronçon est celle se trouvant à 60 km de Kongolo", prévient le taxi man-moto au reporter d'election-net-com.

À notre arrivée à cette barrière, l'on peut constater à première vue la présence d'un civil qui conduit tous les passagers transportées sur les différentes motos dans hangar dans lequel est installé un agent habillé en tenue de la DGM. À côté de lui, deux éléments en tenue FARDC munis d'armes à feu. L'agent en tenue de la DGM exige la carte à chaque passager pour enregistrement avant d'exiger 2000 FC à chacun d'eux. Quand le reporter d'election-net-com lui brandit sa carte de service, celui-ci exigé uniquement la carte d'électeur, une stratégie pour maximiser les pourboires. 

"Celui qui n'a pas 2.000 FC reste là", peut-on attendre d'une voix sortie du hangar dans lequel habritent les deux éléments FARDC. Quand le reporter d'election-net-com insiste sur sa qualité, l'agent en tenue civile lui supplie en indiquant qu'il ne s'agit pas d'une taxation, mais juste une faveur sollicitée. Après paiement de 1.000 FC par le reporter, l'ordre sera enfin donné à la moto de franchir la barrière et de poursuivre le parcours. 

Non loin de là, une autre barrière est érigée et tenue par deux jeunes gens en tenues civiles. Celle-ci concerne uniquement les taxi man-moto. Parmi les documents exigés, le permis de conduire, l'autorisation de circulation, l'autorisation de rodage pour les motos neuves... Les deux premiers documents sont tous délivrés par le ministère de Transport. 

À la question d'election-net-com de savoir la différence entre le permis de conduire et l'autorisation de circulation et pourquoi exiger une autorisation de circulation à celui qui détient déjà un permis de conduire ou encore si permis de conduire ne donnait-il pas déjà l'autorisation de circulation, car l'on ne peut pas conduire un engin roulant sans circuler, l'un des agents commis à la barrière rétorque en disant que chaque document a son utilité sans fournir les explications y relatives.

Quand à la question du prix dudit document qui manquait d'ailleurs au taximan transportant le reporter d'election-net-com, il coûte 80.000 FC, répond un autre agent. Le taxi man-moto fait glisser 1000 FC à l'un des agents qui lui dit d'augmenter 1000 FC pour franchir la barrière. Le taxi man-moto refuse d'augmenter après avoir constaté que deux autres taxi man-moto venant de Kongolo ont été autorisés de franchir la barrière en ne donnant respectivement que 2000 FC alors qu'ils ne possédaient aucun des documents exigés. Il décide de descendre de la moto et de faire une sorte de sit-in à cette barrière. Quelques minutes après, il est autorisé de poursuivre son parcours. Il franchit quelques kilomètres après la dernière barrière moyennant paiement de 1000 FC jusqu'à la destination de Kongolo.

Le moins qu'on puisse dire est que la sécurité est sacrifiée sur ces deux tronçons de ces deux routes nationales susmentionnées au profit des pourboires. Mais aussi le coulage des recettes publiques bat record. Car, à aucune de ces barrières, aucun document n'est délivré ni aux passagers, ni aux conducteurs des taxi-motos à qui des fonds sont exigés avant de passer chaque barrière. Ce qui sous-entend que les poches des agents se remplissent journalièrement de l'argent au détriment du le trésor public.

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