Alors que les discussions autour d'un dialogue intercongolais refont surface dans un contexte de crise sécuritaire persistante à l'Est et de tensions politiques internes, plusieurs organisations de la société civile congolaise montent au créneau. Dans une déclaration rendue publique le 10 février 2026 à Kinshasa, elles appellent à un dialogue véritablement inclusif, impartial et crédible.
Un contexte de crise multidimensionnelle
La République démocratique du Congo traverse une période marquée par une aggravation de l'insécurité dans l'Est du pays, des contestations politiques liées aux processus électoraux récents et une défiance croissante entre acteurs institutionnels et opposition.
Lors d'une rencontre avec le corps diplomatique accrédité à Kinshasa le 31 janvier 2025, puis à l'issue de sa visite à Luanda le 9 février, le président Félix Tshisekedi a réaffirmé sa vision d'un dialogue intercongolais pour faire face à la crise. Une initiative que la société civile dit accueillir favorablement dans son principe, tout en exprimant de sérieuses réserves sur son format et ses modalités
« Un dialogue national sans exclusivité »
Dans leur déclaration, les organisations signataires insistent sur un point central : un dialogue qui exclut certains acteurs politiques ou sociaux ne saurait être qualifié de national.
Elles rejettent ce qu'elles qualifient de « conditions restrictives et exclusives » posées par le chef de l'État, estimant qu'un cadre trop verrouillé risquerait de transformer le processus en « simulacre de dialogue », voire en simple monologue.
Pour ces structures citoyennes, la paix durable ne peut être décrétée unilatéralement. Elle doit être construite « avec toutes les parties, dans la sincérité, l'écoute et la confiance »
Exigence d'une médiation neutre
Autre point clé : la médiation. La société civile estime que la transparence et l'impartialité du processus doivent être garanties par des acteurs crédibles et expérimentés, citant notamment l'ECC, la CENCO, l'Union africaine et d'autres partenaires disposant d'une expertise en matière de dialogues nationaux.
Un dialogue placé sous le contrôle exclusif des institutions étatiques, soutiendrait-elles, risquerait de manquer de crédibilité et de voir ses conclusions rejetées par les parties exclues.
Dialogue et justice : un équilibre délicat
Les signataires recommandent la nécessité de poursuivre les enquêtes judiciaires en cours, mais préviennent qu'elles ne doivent pas servir de prétexte pour écarter certaines voix du débat national. Selon eux, la réconciliation passe aussi par l'écoute des acteurs perçus comme adversaires politiques.
Ils soulignent également que le dialogue ne peut se tenir sous le contrôle exclusif d'institutions en matière d'élections contestées, plaidant pour un cadre sûr, impartial et reconnu au niveau international.
Une mobilisation citoyenne affirmée
La déclaration, signée notamment par le Collectif Citoyen Congo 2060, la LUCHA, le Mouvement citoyen Patriotisme Oblige, EKOKI et ALERTE-RDC, appelle le peuple congolais à rester « vigilant, engagé et déterminé » face à la crise actuelle.
En toile de fond, se dessine un bras de fer politique sur la définition même du cadre du dialogue : doit-il être piloté principalement par les institutions en place ou reposer sur une architecture plus consensuelle intégrant pleinement opposition, société civile et médiateurs indépendants ?
À l'heure où plusieurs initiatives diplomatiques régionales et internationales tentent d'apaiser les tensions dans la région des Grands Lacs, l'enjeu de ce débat pourrait peser lourdement sur les perspectives de stabilité et de cohésion nationale en RDC.
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