RDC/ Kabila-Tshisekedi : Chantages, Concessions, Compromissions…, Ultime stratagème pour "sauver" la coalition !


Sur papier, la coalition FCC-CACH au pouvoir depuis le 26 août 2019 fonctionne régulièrement avec ses 67 ministres dont 42 au premier et 23 au second sous la coordination de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, l'un des proches de Joseph Kabila, prédécesseur de l'actuel chef de l'État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo aux commandes de la République Démocratique du Congo depuis le 24 janvier 2019.

Pour "sauver les apparences", les deux chefs de fil de ces plateformes politiques se rencontrent sporadiquement selon la convenance d'agendas. N'sele chez le président Tshisekedi ou encore Kingakati, la célèbre ferme de Joseph Kabila.

Mais malgré cette volonté réelle ou supposée des deux personnalités de sauvegarder la coalition, des sources généralement bien informées font état des fortes divergences à même de faire chavirer le navire qui semble prendre l'eau de part et d'autres.

"Déboulonner le système dictatorial"

Cette expression devenue célèbre prononcée par le président Félix Tshisekedi lors de son séjour aux États-unis le 05 avril 2019 était le premier témoignage de ce malaise qui aurait, sans doute, fragilisé les fondements de la prochaine coalition FCC-CACH mise en place cinq mois plus tard.

 Félix Tshisekedi a rencontré le mercredi 18 septembre à Bruxelles, les Congolais de la diaspora

Le 27 septembre 2019, le chef de l'État congolais fait un "rétropédalage" pour tenter de rassurer son allié dont les lieutenants étaient sur les gardes pour dénoncer cette posture présidentielle en déclarant n'avoir pas comme travail principal de "fouiner dans le passé" lors de sa tournée européenne. Est-ce suffisant pour calmer la tension, difficile de le dire, car le 13 décembre 2019, le dirigeant congolais prononce son discours sur l'État de la nation en révélant les priorités de son quinquennat résumées par son ambition d'instaurer un État de droit par des réformes institutionnelles notamment la constitution et la loi électorale (rétablissement de deux tours à la présidentielle, élection des sénateurs et Gouverneurs au suffrage universel…), une sorte de démolition de l'architecture kabiliste pour imprimer sa marque, de quoi inaugurer cette nouvelle ère dans les rapports entre membres de la coalition.

Dissolution de l'Assemblée Nationale

Face à la montée des tensions, Félix Tshisekedi convoque Jeanine Mabunda et Alexis Tambwe Mwamba, les dirigeants des deux chambres parlementaires, tous proches de son prédécesseur Joseph Kabila pour un "entretien-vérité" comme l'a affirmé la présidente de l'Assemblée Nationale. Mais l'accalmie n'aura été que d'une semaine car le chef de l'État n'a plus caché son exaspération jusqu'à prévenant à la diaspora londonienne de la possibilité de dissoudre l'Assemblée Nationale en vue de convoquer des nouvelles élections législatives en cas de la persistance des tensions.

Alexis Thambwe et Jeannine Mabunda reçus par Félix Tshisekedi en Avril 2020

"Le Congolais m'a confié une mission et je dois rendre compte à ce peuple. Et celui qui ne va pas suivre mes instructions et qui s'attachera aux institutions de sa famille politique sera viré", prévenait-il sans nommément citer Joseph Kabila, l'autorité morale du Front Commun pour le Congo, majoritaire au parlement d'où pouvaient provenir les instructions avant de poursuivre : "Je ne peux pas dissoudre l'Assemblée Nationale tant qu'il n'y a pas crise. Mais en cas d'obstruction, je serais contraint, en fin de compte, de prendre la décision de dissoudre l'Assemblée Nationale".

Cette annonce du numéro un congolais était perçue par le FCC comme une sorte de déclaration de guerre poussant la deuxième personnalité du pays à casser les règles protocolaires vis-à-vis de la première institution de la République.

"N'est pas juriste qui veut. Nous devons être prudents quand nous évoquons des textes(…) C'est un débat accessoire et mineur par rapport à ce que j'appelle la douleur sociale que vivent nos frères et sœurs…", avait déclaré Jeanine Mabunda le 21 janvier 2020 lors d'une réception à Kinshasa avant de prendre son avion pour Beni et Bunia le 17 février en vue de "réconforter" les victimes des atrocités des groupes armés.

Fasthi sous-pression

Félix Tshisekedi qui a renoué la l'axe Kinshasa-Washington depuis son séjour en mars 2019 avait signé une sorte de pacte avec l'administration Trump qui lui a donné comme condition à cette renaissance, la lutte contre la corruption et l'impunité. Dès le premier trimestre de l'année en cours, le chef de l'État a rencontré la magistrature pour un réaménagement moral en perspective de la matérialisation de sa vision dans ce secteur. L'image étant ordinaire que personne ne pouvait voir l'homme s'y engouffrer pour exposer ses griffes.

Le président Félix Tshisekedi à Washington

Dès avril, la justice initie plusieurs enquêtes dont celle liée à la gestion des fonds alloués à l'exécution du programme d'urgence des cent premiers jours du chef de l'État. D'énormes personnes de la société congolaise sont interpellées dont le propre Directeur de Cabinet du Président de la République. L'arrestation de Vital Kamerhe le 08 avril est prise au sérieux particulièrement au sein du FCC qui voit la menace s'approcher dangereusement.

Le 22 avril, Joseph Kabila rencontre Félix Tshisekedi dans sa résidence privée de la N'sele, dans la périphérie Est de la capitale Kinshasa pour évoquer la question. L'ancien chef de l'État redoutant que son successeur ne perde le contrôle de la situation en ouvrant cette boîte de pandore.

Félix Tshisekedi et Joseph Kabila se sont rencontrés le 22 avril 2020.

En plein gestion de la Covid-19, le Président de la République doit aussi faire face aux tentatives du FCC de garder la main via la pétition contre Jean-Marc Kabund A Kabund officiellement initiée par l'élu du Mouvement de Libération du Congo, Jean-Jacques Mamba déposée depuis le 13 mais 2020 en guise de dénonciation des propos de l'ancien Vice-président de l'Assemblée Nationale qui avait affirmé, un mois plutôt, que le congrès parlementaire coûtait environ 07 millions de dollars américains à l'État.

Jean-Pierre Bemba en plein marche.

Depuis la déchéance de Jean-Marc Kabund du perchoir de la chambre basse du parlement, Joseph Kabila et Félix Tshisekedi s'affrontent par militants interposés pour sauver ce qui pouvait l'être encore des intérêts de chaque famille politique. L'interpellation du ministre de la justice, Célestin Tunda Ya Kasende le 27 juin suivie de sa démission le 11 juillet, les différentes contestations contre la désignation de Ronsard Malonda à la présidence de la Commission Électorale Nationale Indépendante, des propositions des lois Minaku et Sakata sur la réforme judiciaire ou encore la démission, le 13 juillet de Benoît Lwamba Bindu de la cour constitutionnelle sans oublier les nominations dans de la magistrature et l'armée sont autant des maux qui rongent la santé de la coalition FCC-CACH.

Chantages, concessions, compromissions…ultimes stratagèmes

Malgré ce climat délétère, Joseph Kabila et Félix Tshisekedi ne se lâchent pas complètement pour autant, conscients sans doutes, de la liaison de leurs destins respectifs.

Après plusieurs mois de mimétisme entamé autour du 27 juin 2020, les contacts ont été rétablis grâce notamment à la médiation de la MONUSCO via sa patronne, Leila Zerrougui qui a rencontré séparément les deux hommes avant la rencontre du 02 juillet soldée par la mise en place d'un nouveau comité de suivi des accords de la coalition FCC-CACH.

Leila Zerrougui et Joseph Kabila ce samedi 12 septembre

Mais malgré la trêve médiatique, les dissensions ont juste ressurgi au sujet de la proposition du sénateur, FCC, Alphonse Ngoy Kasanji pour l'organisation de la présidentielle au second degré dévoilée le 08 septembre courant même si le coordonnateur de la plateforme kabiliste, Nehemie Mwilanya a précisé, le 11 septembre qu'il s'agit d'une initiative personnelle.

Désormais, les deux parties ont de quoi se faire encore intimider pour espérer conserver une part d'influence. C'est le moment des chantages, des concessions voir des compromissions qui a sonné. La fin justifiant les moyens. Le remplacement de Corneille Nangaa Yubeluo à la tête de la CENI, les réformes électorales, la mise en place dans la territoriale, autant des dossiers sur les tables des deux chefs de fil de la majorité au pouvoir.

José-Junior Owawa


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