Floribert Bwana Chui
Dix-sept ans après l’assassinat de Floribert Bwana Chui, commissaire de l’Office Congolais de Contrôle (OCC) tué pour avoir refusé de laisser entrer des produits alimentaires non conformes en RDC, son héritage reste à la fois une inspiration et un rappel des défis persistants. Dans un entretien exclusif avec Election-net.com, Jean-Claude Mputu, porte-parole de la coalition Le Congo N’est Pas à Vendre (CNPAV), revient sur le sens de ce sacrifice, l’état de la lutte contre la corruption et les actions concrètes pour honorer sa mémoire.
Pour Mputu, Floribert Bwana Chui incarne "l’idée que servir l’État est un devoir, pas un moyen de s’enrichir". Son refus de céder à la corruption, au péril de sa vie, est un modèle pour les jeunes et les fonctionnaires. Pourtant, son sacrifice semble n’avoir que peu influencé les pratiques : "La corruption reste la norme, l’enrichissement illicite est devenu le sport favori de nos dirigeants", déplore-t-il. Malgré cela, sa béatification par l’Église catholique en fait une "semence pour l’avenir", un symbole universel de résistance.
Interrogé sur les secteurs les plus touchés, Mputu est sans équivoque : "Tous les secteurs publics sont gangrenés". Les mines, la santé, l’éducation et la justice sont particulièrement concernés, avec des conséquences dramatiques : "Des Congolais meurent faute de soins, des écoles manquent de bancs, et la justice est à deux vitesses". L’impunité, le manque de volonté politique et la peur des représailles sont les principaux obstacles à une lutte efficace.
Le CNPAV perpétue la mémoire de Bwana Chui en soutenant les lanceurs d’alerte et en dénonçant les malversations. Parmi ses actions récentes, l’analyse critique de l’avenant 5 de la convention Sicomines et la publication sur le train de vie de l’État ont mis en lumière des dysfonctionnements majeurs. "Notre rôle est de rappeler que l’argent public doit servir le peuple, pas une élite", insiste Mputu.
Face à ceux qui jugent la résistance "inutile" ou trop risquée, le porte-parole oppose une fermeté inspirée par Bwana Chui : "Résister est le seul chemin vers un avenir digne". Il invite les citoyens à documenter et dénoncer, les médias à enquêter avec rigueur, et la diaspora à exercer une pression internationale. Parmi les mesures urgentes, il cite la fin de l’impunité, le renforcement des institutions de contrôle et l’éducation à la citoyenneté.
L’enquête sur l’assassinat de Floribert Bwana Chui reste lettre morte, un constat amer pour le CNPAV. Pour honorer sa mémoire, Mputu plaide pour des actes concrets : un fonds pour les lanceurs d’alerte, des bourses pour les jeunes intègres, ou une journée nationale de la probité. "Une rue à son nom ne suffit pas. Il faut adopter son combat", souligne-t-il.
En conclusion, Jean-Claude Mputu lance un appel vibrant : "N’attendez pas que tout le monde se lève pour agir. Chaque petit geste compte". Le combat de Floribert Bwana Chui, bien qu’inachevé, reste une boussole pour une RDC plus juste et transparente.
Pour rappel, le 7 juillet 2007, Floribert Bwana Chui Bin Kositi, jeune commissaire de l'Office Congolais de Contrôle (OCC), était enlevé à Goma capitale provinciale du Nord-Kivu, après avoir refusé de laisser entrer des produits alimentaires non conformes en RDC. Deux jours plus tard, son corps sans vie était retrouvé devant l'Université Libre des Pays des Grands Lacs. Son crime ? Avoir préféré "mourir plutôt que de laisser passer de la nourriture qui pourrait empoisonner notre peuple", selon ses propres mots rapportés par des témoins.
Le 15 juin 2025, l'Église catholique reconnaissait officiellement son martyre en le béatifiant lors d'une cérémonie à Rome, faisant de lui un modèle de vertu chrétienne et d'intégrité professionnelle. Pourtant, comme le révèle notre interview exclusive avec Jean-Claude Mputu, porte-parole du CNPAV, cette reconnaissance institutionnelle contraste cruellement avec l'absence de justice en RDC.
Ci-dessous l'interview intégrale de Jean-Claude Mputu
ENET : Quel est le message principal que laisse Floribert Bwana Chui ?
Jean-Claude Mputu : "Floribert Bwana Chui nous rappelle que l'intégrité n'est pas une posture, mais un devoir. Il a prouvé qu'on peut choisir la justice. À la jeunesse et aux agents publics, il laisse un message clair : il est possible de servir l'État sans trahir sa conscience. Floribert nous a montré qu'aimer son pays c'est être prêt à donner sa vie pour ses compatriotes et non s'enrichir au détriment de la Nation. Sa mort nous interpelle et nous appelle à servir et défendre le Congo. Il a à sa manière poursuivi le combat de Lumumba et de Bakanja."
ENET : Son sacrifice a-t-il changé quelque chose 17 ans après ?
Jean-Claude Mputu : "Absolument pas. On a le sentiment que son sacrifice n'a servi à rien car aujourd'hui encore la corruption reste la norme, l'enrichissement illicite est devenu le sport favori de ceux qui nous dirigent. L'Église Catholique l'a béatifié, nous avons vu les représentants du tu gouvernement à Rome mais où est l'hommage de la Nation aujourd'hui pour cet homme, ce patriote aujourd'hui bienheureux ? Cependant son sacrifice reste une boussole morale et sa béatification fait de sa vie un modèle non pas seulement pour le Congo mais pour l'ensemble de l'humanité."
ENET : Quels secteurs sont les plus corrompus en RDC ?
Jean-Claude Mputu : "L'ensemble de la vie publique est gangrenée. Les secteurs les plus catastrophiques sont les ressources naturelles, les mines, la santé, l'éducation, les infrastructures et la justice. Quand les fonds publics sont détournés, ce sont des milliards perdus, des hôpitaux sans moyens, des écoles sans bancs, des routes impraticables. La corruption tue dans le silence et l'indifférence."
ENET : Quels sont les obstacles à la lutte anticorruption ?
Jean-Claude Mputu : "L'impunité reste le nœud du problème, aggravée par le manque de volonté politique, la faiblesse des institutions, la peur des représailles. Tant qu'il n'y aura pas de sanctions exemplaires, la corruption restera un système. Les Floribert sont rares, voire inexistants aujourd'hui."
ENET : Comment le CNPAV perpétue sa mémoire ?
Jean-Claude Mputu : "Nous faisons de Bwana Chui un modèle dans notre lutte. À travers nos enquêtes sur les contrats miniers, nos dénonciations de détournements, nous rappelons que servir le public est un devoir sacré. Nos campagnes sensibilisent les jeunes à ces valeurs."
ENET : Des exemples concrets d'actions récentes ?
Jean-Claude Mputu : "Nos analyses sur l'avenant 5 de Sicomines ont révélé les manquements de l'État. Nous avons documenté le train de vie excessif de certains dirigeants alors que la population souffre."
ENET : Que dire à ceux qui jugent la résistance inutile ?
Jean-Claude Mputu : "C'est justement ce que veulent les corrompus : qu'on baisse les bras. Chaque "non" à un pot-de-vin est une pierre contre le mur de l'injustice. C'est dangereux mais nécessaire comme nous l'a prouvé Floribert."
ENET : Le rôle des citoyens et médias ?
Jean-Claude Mputu : "Tous doivent documenter, dénoncer, refuser de participer au système. Les médias doivent enquêter avec rigueur. La diaspora peut exercer une pression internationale."
ENET : Mesures urgentes ?
Jean-Claude Mputu : "1) Appliquer les lois existantes
2) Sanctionner publiquement
3) Renforcer les institutions de contrôle
4) Éduquer à la citoyenneté dès l'école
5) Garantir l'accès à l'information
6) Protéger les lanceurs d'alerte"
ENET : Où en est l'enquête sur son assassinat ?
Jean-Claude Mputu : "Malheureusement, ce dossier n'est pas suivi par le CNPAV car il s'agit d'une affaire criminelle. Nous espérons que sa béatification poussera les autorités à faire la lumière."
ENET : Comment lui rendre hommage concrètement ?
Jean-Claude Mputu : "Pas seulement par une rue à son nom. Créons un fonds pour les lanceurs d'alerte, des bourses pour les jeunes intègres, une journée nationale de la probité."
ENET : Votre appel final ?
Jean-Claude Mputu : "N'attendez pas que tout le monde se lève pour agir. Chaque petit geste compte. Le changement commence toujours par quelqu'un qui ose dire non."
Alors que Rome a élevé Bwana Chui au rang de bienheureux, son dossier judiciaire dort dans les tiroirs de la justice congolaise. Cette contradiction résume le combat du CNPAV : transformer la reconnaissance morale en action politique. Comme le souligne Mputu, "le prix du sang de ceux qui ont résisté doit servir de fondement à notre redressement collectif".
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