Montage Enet
La République Démocratique du Congo (RDC) est en pleine année électorale.
En ce 2023, la majorité et l'opposition sont en train de peaufiner des stratégies pour affronter ces scrutins qui pourraient se souder par l'élection du Président de la République, des députés nationaux et provinciaux, des sénateurs, des Gouverneurs de Provinces et pour la première fois, des conseillers urbains, municipaux et communaux, si l'on s'en tient au calendrier de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), le pouvoir organisateur des élections en RDC.
Pour ce faire, les leaders politiques, opposants à Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, l'actuel Chef de l'Etat se sont donnés rendez-vous jeudi et vendredi dernier à Lubumbashi pour échanger autour de ce processus. En effet, Moïse Katumbi Tshapwe, Martin Fayulu Madidi, Augustin Matata Ponyo, Delly Sessanga ont exigé un processus vraisemblable à même de permettre aux différents acteurs de pouvoir compétir.
Dans la stratégie de l'opposition, mettre en place une large coalition électorale pour mettre en mal Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, candidat à sa succession pourquoi pas le battre dans les urnes.
Katumbi, Fayulu, Matata..., les jokers
Pour parvenir à débarquer Félix Tshisekedi de la cité de l'Union Africaine, il faut des hommes et des femmes robustes. Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Augustin Matata Ponyo et Delly Sessanga en ont conscience.
Coincé dans son Kasaï, Sessanga n'a pas trop de marge de manœuvre face à un Tshisekedi, qui non seulement un héritier d'une légende (Tshisekedi Wa Mulumba) mais aussi vient de régner sur la RDC ces cinq dernières années.
Originaire du Kasaï, le président d'Envol pourrait être considéré comme celui qui a trahi son propre frère contrairement à Moïse Katumbi, l'un des noms les plus audibles du Katanga.
Richissime homme d'affaires, l'ancien et dernier Gouverneur de la Province du Katanga peut profiter des rapports pour le moins tendus entre Joseph Kabila, l'ancien Président de la République avec son successeur Félix Tshisekedi pour être présenté comme étant le défenseur des intérêts katangais.
Bandundois de la diaspora, Martin Fayulu n'a de discours que son bon score lors de la dernière présidentielle où il était sorti deuxième après Félix Tshisekedi même s'il n'a jamais reconnu sa défaite estimant que sa victoire lui avait été volée.
Ancien premier ministre sous Joseph Kabila, Augustin Matata n'a pas su capitaliser sa présence à la primature pour s'enraciner à travers les 26 Provinces.
Issu de la région Swahiliphone comme Katumbi, Mapon a tout à gagner des relations tendues entre son frère ennemi, Emmanuel Ramazani Shadary et l'actuel pouvoir pour mettre son poids dans le Maniema et ses environs sur la balance.
Félix Tshisekedi, encore maître du jeu
Confiant depuis l'avènement du Gouvernement Sama II, Félix Tshisekedi dispose encore des cartes entre ses mains pour faire sauter le verrou de l'opposition.
En perdant sur papier le Katanga, le Bandundu, une partie du Kasaï pour ne citer que celles-là, Félix Tshisekedi dispose encore des cartes à jouer.
D'abord Jean-Pierre Bemba. En s'offrant les services de l'ancien Vice-président de la République, Félix Tshisekedi a réalisé la plus grosse prise de son Gouvernement.
Même si son charisme tend à disparaître dans l'ancienne province de l'Equateur, la célébrité de Jean-Pierre Bemba Gombo est un apport considérable pour le Chef de l'État Congolais dans cette région sans oublier le soutien de Guy Loando, Jean- Pierre Lihau, les deux membres de son gouvernement.
Beau-frère des sud-kivusiens, Tshisekedi bénéficie d'un large soutien dans cette partie du pays notamment grâce à la présence de Vital Kamerhe, son ministre de l'Economie, Modeste Bahati Lukwebo sans compter Anthipas Mbusa Nyamwisi, Julien Paluku et Muhindo Nzangi .
Malgré l'enlisement de la guerre et l'insécurité dans la région, Félix Tshisekedi continue à bénéficier de la confiance de certains leaders du coins qui voient en lui, un homme déterminé à en finir avec les affres de la guerre de l'Est.
Muzito, Nangaa Espace, les défis de Tshisekedi
Avec aucune visite dans l'ancienne province du Bandundu doublée par la légende d'une élection qu'il aurait volée à Martin Fayulu, ressortissant de la contrée, Félix Tshisekedi qui a déjà Christophe Mboso, le président de l'Assemblée Nationale a intérêt à solliciter les services du très modéré Adolphe Muzito.
Ancien Chef du Gouvernement national, le Président du Nouvel Élan est considéré comme étant l'héritier politique du patriarche Antoine Gizenga aux côtés de Godefroid Mayobo.
En froid avec son désormais frère ennemi, Martin Fayulu, Muzito dispose de larges soutiens dans cette région reculée du sud-Ouest de la RDC limitrophe de la capitale Kinshasa.
Quand à Corneille Nangaa Yobeluo, il n'est pas non plus à prendre à la légère son poids politique dans l'ancienne province orientale.
Ex dirigeant de la commission électorale nationale indépendante, la même qui avait proclamé les résultats des élections à l'issue contenue par Félix Tshisekedi avait été élu, celui que l'on surnomme l'Aigle de l'Orient dispose des larges soutiens dans sa région notamment à Kisangani où il dispose d'actifs importants.
En s'offrant ces deux acteurs, Tshisekedi pourrait minimiser l'influence de ses adversaires dans leurs bastions naturels. Quant à Kinshasa, à cause de la pauvreté, conséquences d'un chômage de masse, la capitale congolaise a toujours tendance à voter contre le pouvoir.
Lui-même natif de Kinshasa, Félix Tshisekedi continue à disposer de certains soutiens dans la mégalopole notamment grâce à son style de communication adapté aux kinois.
Désormais, la carte électorale de 2023 commence à se dresser avec les différents acteurs en compétition. Avec un plus d'ouverture à l'opposition, Félix-Antoine Tshisekedi peut rempiler en misant surtout sur la réussite de son programme de développement local de 145 territoires.
Oublier cette donne, le futur candidat Président aurait réuni tous les éléments pour se mettre à dos toute l'opposition. Voilà l'erreur fatale !
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