RDC : Daniel Lusadusu Kiambi, le colonel-médecin chargé de « réformer » l’ANR

Lusadusu, nouveau patron de l'ANR


Nommé le 1er août par Félix Tshisekedi, le nouveau patron des renseignements congolais a la lourde tâche, à cinq mois des élections, de changer l’image de l’ANR.

DIX CHOSES À SAVOIR SUR CE NOUVEAU PATRON DE L'ANR

 En février 2019, au sortir de son premier Conseil supérieur de défense, Félix Tshisekedi avait fait un vœu, celui « d’humaniser » les services de renseignement congolais. Dirigée depuis 2011 par Kalev Mutond, l’Agence nationale de renseignement (ANR) traînait alors une sulfureuse réputation, fréquemment accusée de tortures, d’arrestations arbitraires et de détentions illégales – autant de pratiques auxquelles le président congolais avait promis de mettre fin.

Depuis, Kalev Mutond a été écarté et deux autres administrateurs généraux se sont succédé à la tête de l’ANR, Justin Inzun Kakiak puis Jean-Hervé Mbelu Biosha. L’image de l’agence, elle, n’a pas changé. Et puis, le 1er août, à cinq mois d’élections générales qui s’annoncent tendues, Félix Tshisekedi a finalement choisi de placer sa confiance en Daniel Lusadusu. L’entourage du chef de l’État présente ce médecin de formation, ancien des Forces armées zaïroises (FAZ), comme « l’homme de la situation ». Mais sera-t-il pour autant celui qui « humanisera » l’ANR ?

1. Cardiologue

Lusadusu ne ressemble pas à ses prédécesseurs, qui ont fait la quasi-totalité de leur carrière dans les services de sécurité. Lui était, jusqu’à sa nomination, médecin au CHU Saint-Pierre, à Bruxelles. Formé en Belgique, il y a décroché son diplôme en 1981 avant de rentrer au Zaïre l’année suivante. Ce n’est qu’au milieu des années 1990 qu’il est revenu dans la capitale belge se spécialiser en cardiologie.

2. Colonel

Avant de se lancer dans des études de médecine, il avait entamé une carrière militaire. Lauréat du concours d’admission à l’École royale militaire, il intègre les FAZ en 1972, avec le grade de sergent. Passé par la Brigade spéciale présidentielle (BSP), chargée de la sécurité de Mobutu Sese Seko, il deviendra conseiller médical de cette unité, devenue Division spéciale présidentielle (DSP) à son retour au Zaïre dans les années 1980. Il arrivera jusqu’au grade de colonel.

3. Chevalier

Au cours de sa carrière au sein des FAZ, il s’est vu remettre deux distinctions honorifiques : celle de Chevalier de l’Ordre national des Léopards en 1989, puis celle d’Officier de l’Ordre national des Léopards en 1993.

4. Sphinx

Chez les Tshisekedi, Lusadusu se rapproche d’abord du père, Étienne. Sollicité par ce dernier pour des conseils sur la situation sécuritaire avant les élections de 2011, Lusadusu noue une relation de confiance avec celui qu’il appelle « le patriarche ». « Si le petit Kabila s’acharnait à défier la volonté du peuple congolais, je m’y opposerais par tous les moyens et il n’aura qu’à nous tuer nous tous », lui confie un jour le « Sphinx ».

5. Modèles

Originaire de la province du Kongo-Central, le nouveau patron de l’ANR revendique son admiration pour plusieurs autres figures congolaises, comme l’ancien président Joseph Kasa-Vubu, le cardinal Frédéric Etsou ou encore le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege.

6. Anti-Kabila

Sur X (anciennement Twitter) ou lors de rares prises de parole, Lusadusu assume son opposition aux Kabila. « Le Congo après Mobutu est tout sauf un État, c’est une véritable jungle […]. Cette situation ne changera jamais tant que le même régime restera au pouvoir », confie-t-il lors d’une interview en 2017.

7. Félix Tshisekedi

Lusadusu connaît l’actuel chef de l’État depuis de nombreuses années. Dès 2017, il affirmait entretenir une relation « fraternelle, respectueuse et très conviviale » avec Félix Tshisekedi et partager avec lui « le même sens du combat en dépit de certaines divergences ».

8. Exil

Parti du Zaïre en 1994 pour reprendre son cursus médical, il assiste depuis la Belgique à la chute de Mobutu, le 17 mai 1997. Empêché de revenir au pays, il décide alors de fonder l’Union des patriotes militaires congolais (UPMC), qui regroupe des militaires en exil. Il tente à cette époque de négocier avec les nouveaux maîtres de l’armée et les partenaires internationaux pour obtenir l’intégration des ex-FAZ.

9. Mossad

Au cours de sa carrière au sein des FAZ, il a eu à travailler dans le domaine de la coopération extérieure, notamment avec Israël. Son rôle au sein de l’UPMC et sa proximité avec Étienne Tshisekedi lui permettent d’entretenir son carnet d’adresses. En visite en Israël en 2017, il avait ainsi rencontré Ram Ben-Barak, ancien directeur général adjoint du Mossad.

10. Sûreté de l’État

L’entourage de Félix Tshisekedi assure que Lusadusu a pour mission de « réformer » l’ANR et son fonctionnement. Dans un contexte pré-électoral déjà tendu, le président souhaite, selon ses collaborateurs, que l’agence se concentre, « dans le respect de la loi », sur la recherche « des cas d’atteinte à la sûreté de l’État ».

Avec Jeune Afrique

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