Phénomène Mobondo : ce témoignage d'un prêtre qui a été victime à Iniangi

Photo d'illustration


 Voici le témoignage du Père François Nakahosa à Iniangi

Il est 15h45, on frappe chez moi. Je vois l'ingénieur vétérinaire qui me dit d'un air grave : « les mobondos sont là ». Comme si c'était en rêve, je dis quoi ? « Les mobondos sont là ». « Où ? » lui dis-je. Ici chez nous.

Vite, je suis rentré dans la chambre à coucher, enfiler une chemise. Et dès que j'ai ouvert la porte qui donne dans la cour principale de la concession, je vois une centaine de personnes assises sur la pelouse : hommes, femmes, adultes comme enfants, d'autres débout cagoulés et armés de calibre 12 et de machettes, ne devaient entrevoir que les yeux, les narines et la bouche. 

Exactement comme on voit sur la vidéo qui circule sur WhatsApp depuis trois jours. Deux d'entre eux sortaient du garage comme des gens qui patrouillaient. Je les salue et ils répondent ! Celui qui se présentait comme le chef de groupe me dit : « nous ne sommes pas des brigands, nous voulons la libération de notre terre. Montrez-nous votre carte et nous allons continuer notre route car nous sommes pressés ». Je l'invite à entrer chez moi, les autres l'interpellent en disant : « kokota te : n'entre pas chez lui, selon leurs prescriptions ». 

Bon, je suis allé là où tout le monde se trouve, collaborateurs, gens du village, enfants des collaborateurs… Deux d'entre eux qui n'avaient pas de carte d'électeur ont été ligotés bras en arrière et puis on les a fait coucher sur le ventre et flagellés avec le plat de la machette tel qu'on voit sur la vidéo dont je parle.

Je cherchais à comprendre ce qui se passe mais ils restent très énigmatiques. Ils me disent vaguement qu' « ils sont envoyés par le Kiamfu… tuer les tekes… » 

En fin de compte, leur chef m'a dit :

1. « Pfumu (chef), pour calmer la colère il faut 20000 pour les deux qui sont ligotés ». En pareilles situations, on ne discute point ; surtout qu'ils sont incompris.  

2. « Pfumu, comme nous avons foulé les pieds sur ton sol, nous ne devons pas en partir sans rien, surtout quand c'est dans une ferme, il faut une bête ou l'équivalent en argent » ! 

Imaginez, si c'était vous, que devriez-vous faire ? Et pour l'instant je n'ai rien, même pas 100 000 FC dans mes caisses !!! En tremblotant, mais je faisais l'effort pour ne pas le manifester aux collaborateurs, sœurs et enfants. J'ai vite pris un papier, j'ai fait venir le stagiaire vétérinaire et je lui ai donné un numéro de bouvillon pour qu'il leur donne et qu'ils nous fichent la paix ! Voilà ¾ d'heures sous stress jamais connu !

Comme quoi nous sommes tellement exposés, et à tout moment, n'importe quelle milice peut surgir pour nous extorquer ! Nous nous sentons quand même en insécurité et j'espère qu'ils ne vont plus revenir ! 

Prix pour nous !

François Nakahosa SJ

Iniangi, 06/05/2023

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