Julien Paluku, ministre de l'industrie. Ph de tiers
Intervenant dans l'émission Dialogue entre congolais du 11 avril 2022, le ministre de l'Industrie, Julien Paluku Kahongya, est revenu sur la mission du Premier Ministre Sama Lukonde qui est au Nord-Kivu: évaluation de la situation sécuritaire, la situation humanitaire mais aussi l'évaluation de l'État de siège au Nord-Kivu et à l'Ituri.
La nébuleuse M23
Par rapport à la résurgence du M23, le ministre Paluku et ancien gouverneur du Nord-Kivu a tenté d'expliquer les hypothèses justifiant le come back de ces rebelles qui sont censés être désarmés selon l'accord de Nairobi.
''Comme Ministre et Gouverneur Honoraire du Nord-Kivu, moi je pense qu'il faut replacer la population dans le contexte réel. Le 6 Novembre 2013, moi-même, avec bcp d'autorités militaires, nous arrivions à Tchanzu pour signer la capitulation du M23. Il avait traversé les frontières congolaises jusqu'aux frontières voisines. Et depuis lors, je dois affirmer que le M23 n'est plus revenu parce-qu'il était défait totalement par les Forces armées de la République, appuyées à l'époque par les éléments des Casques Bleues, notamment la Brigade Tanzanienne qui avait son artilleriie","" a-t-il déclaré.
Et de poursuivre :
''Maintenant, aujourd'hui qu'il revienne, moi je vais parler de deux éléments selon le contexte actuel :
Nous étions en phase ( Nous Gouvernements Congolais et Ougandais ) pour commencer les travaux de route Bunagana - Rutshuru - Goma. Les travaux de route Kasindi - Beni - Butembo pour essayer un peu d'élargir nos activités économiques entre la RDC et l'Ouganda. Et, c'est à ce moment là, où les Entreprises qui étaient commises à pouvoir réaliser les travaux étaient déployées du côté de Bunagana,, que le M23 commence la guerre. Première interrogation. Deuxième élément, c'est pendant que le Président Félix-Antoine Tshisekedi est à Nairobi pour signer l'adhésion de la RDC à la Communauté de l'Afrique de l'Est qu'on voit effectivement la puissance de feu augmentée, pour devoir déloger les éléments des forces armées sur les collines que vous avez citées, notamment Tchanzu et Runyonyi'', a expliqué le patron de l'industrie congolaise.
Tout en signifiant que ces deux éléments précités doivent aider les analystes à comprendre effectivement que ceux qui font la guerre à la RDC, qui s'appellent M23, sont en même d'être désignés comme des ennemis de la République.
''Et ce, parceque, si l'on doit faire la route entre Bunagana - Rutshuru et Goma pour identifier les activités économiques comme indicateurs de développement, si on doit adhérer à l'EAC, si l'on doit désengorger Jomba qui est le grand bastion des Gorilles de Montagne pour susciter le Tourisme et que des gens viennent y commencer la guerre, ça montre effectivement que les gens qui se sont toujours prévalus être les amis du Congo, revendiquaient le développement du Congo, à mon avis, ça doit être des ennemis de la République et traités comme tels''.
La solution viendra t-elle de la Communauté de l'Afrique de l'Est ?
''Je crois que l'adhésion de notre pays à la Communauté de l'Afrique de l'Est devra permettre à la RDC à travers son Président, d'être en face de tous les présidents membres de cette communauté pour qu'on se parle réellement en face et qu'on puisse trouver une solution définitive à cette crise'', a-t-il déclaré.
Par ailleurs, le ministre Julien Paluku a souligné que tous les états de la région ne peuvent pas accepter ce genre de blague, '
"On ne peut pas accepter qu'au Rwanda des gens viennent, ils prennent une localité et ils disent, Monsieur le Président Rwandais, nous vous demandons de faire une négociation avec nous pour que nous vous laissions le temps de faire X ou Y. On ne peut pas le faire, non plus pour l'Ouganda. Je crois que ça doit être la même logique pour la République Démocratique du Congo pour que l'adhésion au sein de la Communauté de l'Afrique de l'Est soit un signal fort. Celui de ne plus tolérer ce genre des bêtises, ce genre de Blagues qui endeuillent quotidiennement notre population. Aujourd'hui à Rutshuru, à Jomba, à Bunagana, à Bubusa, à Tchengerero, les gens fuient à cause des gens qui se réclament être des congolais'', a-t-il dit.
En outre, l'ancien numéro un de la province du Nord-Kivu a répondu sur les indiscrétions selon lesquelles cette question aurait été évoquée lors de l'adhésion de la RDC à l'EAC. "Tel n'était pas le point à l'ordre du jour", a réagi JPK.
''Non, moi je pense que l'adhésion de la République Démocratique du Congo à la Communauté Économique d'Afrique de l'Est n'avait pas pour objectif d'aller trouver des solutions ou de parler du problème du M23, ça peut avoir été évoqué dans les couloirs mais ça ne peut pas faire l'objet d'un point à l'ordre du jour. Donc, je ne sais pas ici vous le confirmer étant donné que moi-même je n'étais membre de la délégation. Mais je crois, cela nous a été dit par le Président de la République qu'il s'est déplacé pour Nairobi en vu de signer l'adhésion de notre pays au sein de la Communauté Économique de l'Afrique de l'Est. Et que donc, la question du M23 comme je vous l'ai dit, a été subsidiaire parce-que les attaques ont eu lieu (... ) pour chercher à forcer la main du Président de la République se trouvant à Nairobi, à accéder à un certain nombre des revendications. Et ce sont des méthodes de tout le temps. Ceux qui ne le connaissent pas, peuvent croire qu'ils sont de bonne foi, mais nous qui le connaissons très bien, et ça je lance une alerte à l'ensemble du peuple congolais que c'est ces méthodes qu'ils ont toujours utilisé pour dire que voilà nous vous laissons un espace , on signe un communiqué alors que naturellement s'il s'agit réellement du M23, ils n'ont pas la capacité de conquérir un espace, de l'occuper et de le contrôler'', a-t-il déclaré.
Le Rwanda appui-t-il le M23 ?
''Moi, je pense que comme il y a un mécanisme régional de vérification qui est installé dans la région ici, et avec l'adhésion dans cette communauté de l'Afrique l'Est, moi je crois que les Chefs d'états devront se parler sincèrement et franchement. Même si en politique il n'y a pas d'amis , ce sont les intérêts qui comptent, mais moi je crois qu'on devra se parler sincèrement. Car lorsque nous avons été à Tchanzu en 2013, après Tchanzu, c'est la forêt. Mais comment quelqu'un peut, de la forêt, avoir une puissance de feu qui vient déloger les éléments des forces armées? Et donc, il faudrait que les enquêteurs puissent savoir si la forêt est devenue aussi un lieu où on fabrique des armes pour qu'on sente que les armes proviennent seulement de la forêt et non de quelque part. Et ce quelque part d'autre, c'est où ? Je ne sais pas citer l'endroit parceque je ne suis pas l'enquêteur. Il faudrait que les enquêteurs puissent se pencher sur la question pour qu'on retrace la chaîne d'approvisionnement de ces rebelles. Et à partir de la chaîne d'approvisionnement, on peut maintenant trouver des solutions définitives à la crise'', a-t-il répondu.
Non à l'intégration de M23 dans les FARDC ?
''Il y a eu une loi qui a été votée au niveau de la République Démocratique du Congo. Cette loi interdit de prendre les éléments des groupes armés et de les insérer dans les forces armées. Je crois que cela est valable et pour les gens du M23 et pour tous les groupes armés. Nous ne devons pas répéter les même choses qui nous ont amené à des crises récurrentes que nous connaissons. La République devra s'assumer à partir des expériences malheureuses que nous avons connues pour ne plus répéter les mêmes choses. Donc, moi je pense qu'aujourd'hui, il appartiendra à la République de décider si elle doit déroger à la loi pour intégrer des groupes armés dans son armée ou alors rester ferme'', a-t-il indiqué.
Enfin, comme un des notables du Nord-Kivu, il a proposé à ce qu'il n'y ait plus des rebelles dans l'armée congolaise. Car, pense-t-il, intégrer les rebelles dans les FARDC, c'est donner de la valeur aux groupes armés.
''Ne plus accepter un seul instant que les gens qui prennent les armes, intègrent l'armée, ça sera donné de la valeur aux groupes armés, ça sera pérenniser la crise à l'Est. Parce-que, tout le monde prendra l'arme sachant qu'in fine, ça sera une voie d'intégrer les éléments des forces armées. Donc, c'est un point de vu personnel qui n'engage pas le Gouvernement mais qui est un conseil que je formule à l'intention de ceux qui peuvent m'écouter et me suivre'', a-t-il chuté.
En rappel, les affrontements entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont débuté depuis le lundi 28 mars 2022 en territoire de Rutshuru. Ce qui a contraint la population de quitter leurs domiciles pour se diriger vers l'Ouganda voisin et d'autres vers les groupements jugés sécurisés en territoire de Rutshuru.
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