Nairobi :  Joseph Kabila, énième tentative ? (Éditorial)

Joseph Kabila. Ph droit tiers


L'ancien Président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila a réuni le mardi, 14 Octobre 2025 à Nairobi au Kenya, des figures de l'opposition politique du pays. D'après le Coordonnateur de sa plate-forme politique Front Commun pour le Congo, Raymond Tshibanda, il était question de mener des réflexions sur l'avenir du pays suite à la dégradation de la situation sociale, économique, sécuritaire et politique du pays.

Un rendez-vous aux grands absents !

Ce retour politique remarqué de l'ancien Président de la République, Joseph KABILA est loin de faire l'unanimité au sein d'une opposition dont il semble vouloir incarner le leadership. L'absence de plusieurs figures de premier  ordre au sein de cette opposition fait présager des possibles défis d'unité dressés sur la trajectoire de l'ex-chef de l'Etat. 

Malgré sa condamnation à mort le 30 septembre dernier par la Haute Cour Militaire, l'ancien président Congolais Joseph Kabila ne semble pas vouloir capituler. À Nairobi, Kabila n'a pas fait carton plein. Plusieurs leaders politiques de l'opposition pourtant conviés pour la plupart ont boycotté la messe. 

Si plusieurs figures issues de l’ancien Front Commun pour le Congo (FCC) se sont réunies autour de l’ancien chef de l’État dans la capitale kényane telles que José Makila, Raymond Tshibanda, Néhémie Mwilanya, Patient Sayiba, Félix Kabange Numbi, Joseph Mukumadi, Moïse Nyarugabo, Jean-Claude Mvuemba et Franck Diongo, Kabila ne semble pas avoir réussi à convaincre au-delà de son cercle d'influence. 

Moïse Katumbi, de Ensemble pour la R6, Delly Sessanga de Envol,  Jean-Marc Kabund A Kabund de l'Alliance pour le Changement ou encore Martin Fayulu de la Coalition Lamuka (réveillez-vous) n'ont pas fait le déplacement de la capitale kenyane pour des raisons aussi variées que singulières.

Nonobstant ce snobe, Kabila embourbé dans des démêlés judiciaires pourra-t-il récolter une moisson aux proratas de ses ambitions, rien n'est moins sûr car entouré de ses anciens et actuels collaborateurs, Joseph KABILA n'aura pas réussi à intégrer dans son giron, les figures d'envergure pour paiser sur la table. 

Ce qui risque de limiter la portée de cette  démarche qui, à tout prendre, devrait faire parler d'elle par le simple fait d'avoir été pensée et matérialisé par un ancien Président de la République devenu l'un des principaux opposants au régime Tshisekedi. 

Kabila pour qui un dialogue national inclusif devrait être une aubaine en perspective d'un retour à la normale après sa condamnation à la peine capitale a-t-il encore des marges de manœuvre pour éviter l'exécution de sa peine par les autorités judiciaires du pays. Autant des questions que se posent bon nombre d'observateurs.

Nairobi, l'éternel recommencement ?

Au-delà de la ville, la capitale kenyane est réputée pour abrité plusieurs rencontres des oppositions politiques de la RDC. 

En mars 2019 déjà, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe lançaient à Nairobi leur plateforme « Cap pour le changement », en rupture avec l’accord de Genève. En décembre 2023, c’est encore à Nairobi qu’émerge l’Alliance Fleuve Congo (AFC), portée par Corneille Nangaa. Et ce mardi 14 octobre, voici l'ex-président congolais, Joseph Kabila, réunir quelques figures de l'opposition autour de lui.

À chaque fois, la capitale kényane apparaît comme un lieu de bascule, où naissent des alternatives, des contres propositions et parfois, des tensions. 

Car ces initiatives venues de Nairobi irritent Kinshasa, qui observe d’un œil inquiet leur répétition. La diplomatie congolaise a toujours  dénoncé une forme d'ingérence tacite, et s’agace du silence du gouvernement kényan. Mais Nairobi, revendique le droit d’être une terre de dialogue, sans prendre position officiellement.

Ce face-à-face feutré entre Kinshasa et Nairobi s’installe dans le temps, révélant des lignes des fractures autant que des jeux d’influence. Loin d’être le fruit du hasard, la récurrence de ces rencontres au Kenya traduit un glissement stratégique : l’opposition y trouve de l’espace, du souffle, et un climat propice à la recomposition.

La tolérance affichée par Nairobi  lors des nominations au sein des consultats kenyan notamment dans la zone sous occupation rebelle n'était pas de nature à consolider des relations  diplomatiques avec la RDC. 

Et ce n’est pas qu’une affaire de politique. Dans l’imaginaire congolais, Nairobi est aussi un symbole, immortalisé dans la chanson “Nakei Nairobi” de Mbilia Bel. Elle y raconte son désir de voyager pour secourir une amie tombée dans la douleur, loin de Kinshasa, une chanson prisée très populaire des deux côtés de la frontière.

Nairobi apparaît comme un lieu où naissent des alternatives et des dialogues, mais cette attention portée hors de Kinshasa ne soulève-t-elle pas la question essentielle : où se trouve réellement le cœur des décisions et des changements pour le Congo ? La capitale congolaise, au centre des enjeux, ne reste-t-elle pas la véritable clé pour l’avenir du pays, malgré les dynamiques qui s’installent ailleurs ?

Au-delà, cette énième tentative d'alliance va-t-elle raviver les dernières tentions nées entre Kinshasa et Nairobi dans la foulée de la créance de la rébellion Alliance Fleuve Congo ?

Les analyses sont formels, la réunion des oppositions autour de Joseph Kabila, un condamné à mort sur le sol kenyan ne devrait pas laisser indifférent les autorités congolaises.

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