Le Chef de l'État congolais, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a signé le samedi, 28 mars dernier, une série d'ordonnances portant création d'un certain nombre d'agences rattachées à son cabinet dont celle liée à la lutte contre la corruption.
L'Agence de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption, APLC qui remplace le conseil de lutte contre ce fléau créé par l'ancien président, Joseph Kabila sera dirigé par un coordinateur ayant rang du conseiller spécial du président de la République, (ministre).
Cette décision présidentielle est diversement commentée dans les milieux des ONG spécialisées à l'instar de Justicia basé à Lubumbashi.

"D'abord, il faut saluer la volonté du Chef de l'État de lutter contre la corruption. Seulement, il me semble que la recette utilisée soit la moins appropriée. D'abord parce que pareil mécanisme a existé à travers les régimes précédents sans produire des résultats", note d'emblée Timothée Mbuya, son président interrogé par election-net.com.
"La solution pour moi n'est pas dans la multiplication des structures dont les responsables ont rang des ministres et vice-ministres, car elles sont budgetivores mais plutôt de renforcer le mécanisme juridiciaire qui existe en rendant le juge encore plus indépendant, soit la creation d'un tribunal spécial chargé de lutter contre la corruption", ajoute l'avocat qui estime que "le vrai problème dans ce pays, se trouve au niveau des organes de poursuite qui doivent être efficaces et indépendants".
Ce défenseur de droite des humains pense en outre que "l'agence créée par le Chef de l'État risque de connaitre le même problème, c'est-à-dire apparaître comme un instrument politique à l'encontre des personnalités dont on voudrait régler des comptes. Un organe politique de plus n'est donc pas une solution".
Concernant la contribution de la société civile dans ce combat contre la corruption, Timothée Mbuya prévient que "les marges de manoeuvre pour la collaboration entre cette structure et la société civile dependent de la mission de l'agence, de son sérieux et des qualités de ses animateurs".

Approché par election-net.com, Jacques Issongo, responsable de la communication du mouvement citoyen, Lucha (Lutte pour le Changement) déplore le manque de sérieux des autorités congolaises dans un moment crucial pour la vie de la nation.
"Comment expliquer qu’en cette période où nous avons besoin d’argent pour faire face à la pandémie, le monsieur (Ndlr: le Président Félix Tshisekedi) crée ces structures budgétivores en plus sans compter celles qui existent que nous avions déjà qualifié de budgétivores et pléthoriques ?", s'alarme le ce médecin kinois.
Selon la Lucha donc, "pour lutter contre la corruption, la justice devait être renforcée et bien outillée et équipée car nous avons déjà de l’expérience avec M. Luzolo sous Kabila …(Ndlr: ancien conseiller spécial de l'ancien Chef de l'État dans la lutte contre la corruption, terrorisme et blanchiment des capitaux)."
De son côté, l'ONG Licoco, (Ligue Congolaise pour la Lutte Contre la Corruption) se refuse de tout commentaire en attendant la compilation des données sur cette ordonnance.
Arrivé au pouvoir le 24 janvier 2019, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a fait de la lutte contre la corruption l'une de ses priorités afin d'être cohérent avec lui-même dont le slogan du parti, (UDPS) et de campagne reste "Le peuple d'abord" se résumant par l'instauration d'un État de droit avec un accent particulier sur l'indépendance de la justice.
En début de l'année, le dirigeant congolais a lancé une vaste opération de restructuration de l'appareil judiciaire par des nominations dans la magistrature. Une volonté de bien faire largement saluée par les partenaires du pays notamment occidentaux, les États-unis en tête.
Lors de la vague d'interpellations et d'auditions des piliers de l'ancien régime par les services de sécurité congolais, Washington n'avait pas caché son soulagement lui qui avait conditionné sa coopération avec la RDC par la lutte contre l'impunité.
Reste à savoir si l'APLC tiendra ses promesses dans un pays où bon nombre d'initiatives de cette nature ont eu du mal à réellement fonctionner comme le défunt bureau de Luzolo Bambi qui était "incapable" de faire déférer devant la justice des personnes soupçonnées d'avoir participé aux actes de corruption dont le préjudice pour le pays s'élève à plus de 15 milliards de dollars l'an malgré des preuves dont il prétendait détenir.
José-Junior Owawa
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