Denis Mukwege
Dans un communiqué exploité par Election-net.com ce samedi, le Dr Denis Mukwege a exprimé sa stupéfaction suite à la lecture du communiqué du Président de la Commission de l’Union africaine appelant en date du 11 décembre à la retenue face à l’escalade des tensions dans la région des Grands Lacs, sans citer expressément le régime de Kigali comme acteur majeur de la déstabilisation à l’origine des risques accrus de déflagration régionale.
Selon le prix Nobel de la Paix, ce communiqué est intervenu dans la foulée de la signature de l’Accord de Washington le 4 décembre entre les Chefs d’État congolais et rwandais alors que les timides espoirs d’une sortie de crise s’éloignent face à l’intensification des combats et à la multiplication des crimes de masse dans la plaine de la Ruzizi, entrainant une dégradation alarmante de la situation sécuritaire et humanitaire dans la Province du Sud Kivu et ayant conduit à l’invasion de nouveaux territoires et à la prise de la ville stratégique d’Uvira par la coalition du M23/RDF.
Alors que la résolution 2773 du Conseil de Sécurité des Nations Unies adoptée à l’unanimité appelle depuis le 21 février 2025 à un cessez-le-feu immédiat et au retrait inconditionnel de l’armée rwandaise du territoire congolais, un nouveau rapport du groupe d’experts des Nations unies sur la situation en République Démocratique du Congo (RDC) divulgué début décembre atteste, preuves à l’appui, de la présence de 6000 à 7000 soldats rwandais en RDC, rappelle le Dr Denis Mukwege.
''De plus, le Groupe international de contact pour la région des Grands Lacs a exhorté le 9 décembre nommément le M23 et le Rwanda à mettre fin à ses opérations offensives dans l’Est de la RDC et à se retirer, conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité et à la Déclaration de principes de Doha signée le 19 juillet 2025. En outre, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations Unies a été très clair dans son allocution lors de la session d’urgence au Conseil de Sécurité de ce vendredi 12 décembre : le Président rwandais contrôle et dirige aussi bien le M23 que son bras politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC) pour atteindre ses objectifs géopolitiques dans l’est congolais. Pour mettre fin à cette entreprise criminelle de déstabilisation, il s’agit aujourd’hui de traduire ces condamnations creuses par des actions concrètes et significatives qui auront le potentiel de sortir de la crise.'', a-t-il écrit dans ce communiqué.
Il a par ailleurs indiqué que les Africains épris de justice et de paix ne doivent plus accepter que seule l’Union africaine ne parvienne toujours pas à qualifier le Rwanda comme un État agresseur violant la Charte de l’Union africaine et comme le principal déstabilisateur de la région des Grands Lacs africains.
''Le monde ne peut plus continuer à fermer les yeux et à rester silencieux face à la défiance systémique du régime de Kigali au regard des principes de base du droit international et des droits humains. L’Union africaine et les chefs d’État africains ne peuvent plus tolérer que des Africains soient massacrés par d’autres Africains pour satisfaire des intérêts économiques globaux sans réagir. Ne retombons pas dans l’abomination de la traite négrière. Nous avons déjà payé le prix fort de l’esclavage et de la colonisation. Il est temps que les leaders africains montrent l’exemple plutôt que de protéger ceux qui abusent de leur pouvoir avec arrogance, commettent les crimes les plus graves en totale impunité, prennent leur peuple en otage dans un climat de peur et menacent la paix et la sécurité régionales et internationales sans subir l’opprobre de leurs pairs.''
Il a en outre exhorté les Nations Unies, l’Union Africaine, l’Union européenne et tous les États fidèles au respect de l’état de droit international à adopter sans plus tarder des sanctions fortes et cordonnées à l’encontre du régime de Kigali pour accélérer la désescalade. Ce mécanisme de sanctions doit être accompagné de mesures de suspension de l’aide internationale et d’un calendrier pour garantir sans plus tarder une mise en œuvre effective des prescrits de la résolution 2773 du Conseil de Sécurité. Il s’agit du seul langage que comprennent les dictateurs qui, à défaut d’être amenés à rendre des comptes devant la justice nationale ou internationale, seront jugés par le tribunal de l’histoire.
Enfin, il a réitéré son appel à l’organisation d’une Conférence internationale pour une sortie durable et juste de la crise et des guerres à répétition dans les Kivu et dans les Grands Lacs en revitalisant l’Accord-Cadre d’Addis Abeba, qui demeure le seul accord de paix intégrant une dimension régionale et visant à traiter les causes profondes des conflits dans l’Est de la RDC.
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