Le G20 s'abstient de condamner explicitement l'invasion russe de l'Ukraine

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Les leaders du G20 réunis ce samedi à New Delhi se sont entendus sur un communiqué commun. Il n'est plus fait explicitement mention de « l'agression » russe qui avait été mentionnée dans la déclaration de Bali en 2022.

Alors que certains avaient jugé qu'un consensus n'était pas garanti, Narendra Modi, le Premier ministre indien, a annoncé, ce samedi à la mi-journée, la signature d'une déclaration commune aux pays du G20. « Grâce au travail acharné de notre équipe et à votre soutien, un consensus s'est dégagé sur la déclaration du sommet des chefs d'État et de gouvernement du G20 de New Delhi », s'est-il félicité tout sourire.

Pour Narendra Modi, la partie n'était pas gagnée, étant donné les tensions croissantes sur la scène internationale et les innombrables divisions sur le sujet ukrainien. Mais il n'était pas question d'échouer. Car aucun sommet du G20 ne s'est soldé par une absence de consensus et l'absence de déclaration commune aurait représenté un camouflet pour l'Inde qui voit dans ce sommet du G20 la consécration du pays sur la scène internationale.

Plus de condamnation de « l'agression » russe

Mais le consensus vanté par le leader hindou a de quoi surprendre. « Concernant la guerre en Ukraine […] En lien avec la Charte de l'ONU, tous les États doivent s'abstenir de recourir à la menace ou à l'emploi de la force pour chercher à obtenir des gains territoriaux à l'encontre de l'intégrité territoriale et de la souveraineté politique de tout Etat », ont ainsi conclu tous les représentants des pays du G20.

Le communiqué de Delhi ne mentionne donc plus « l'agression » russe en Ukraine qui avait clairement été évoquée dans la déclaration adoptée par le G20 en 2022 à Bali. Il n'est pas non plus explicitement fait mention de la Russie dans le paragraphe consacré à la guerre en Ukraine.

Kiev critique le G20

Le communiqué qui a été publié ce samedi rappelle toutefois cette « discussion de Bali » et qualifie « d'inadmissible » la « menace de recours aux armes nucléaires ». Des éléments de langage qui pointent tous du doigt la Russie sans que cette dernière ne soit directement nommée.

L'absence de toute référence de la guerre d'agression menée par Moscou en Ukraine n'a pas manqué de faire réagir Kiev. 

« Le G20 n'a pas de quoi être fier », a tancé Oleg Nikolenko, le porte-parole du ministère des affaires étrangères ukrainien. 

Mykhaïlo Podolyak, conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky, a surenchéri : « La moindre levée de sanctions visant la Russie ou toute discussion suggérant une telle éventualité aura des conséquences. Cela incite directement la Russie à prolonger le conflit. »

Un communiqué « satisfaisant » pour Paris

La condamnation de l'invasion russe a-t-elle fait les frais de la recherche d'un consensus à tout prix ? Pour la diplomatie française, il ne faut pas voir dans ce communiqué commun une version édulcorée de celui qui avait été publié à l'issue du sommet de Bali. « C'est un communiqué qui de notre point de vue est très satisfaisant », a expliqué une source diplomatique française après la publication de la déclaration commune. Pour faire émerger un consensus, « il fallait pouvoir réaffirmer ce que nous avons dit à Bali, ce qui est chose faite, il fallait ensuite faire référence aux textes des Nations unies, qui sont bien mentionnés, et puis il fallait ensuite affirmer […] que la guerre de conquête territoriale est inadmissible », a détaillé cette même source.

« Nombreux sont ceux qui auraient préféré condamner la Russie. Mais c'est déjà acquis pour nous, puisque nous avions la déclaration de Bali et nous avons rappelé la déclaration de Bali », a précisé cette même source, en insistant sur le fait que contrairement au langage utilisé dans le paragraphe de Bali sur l'Ukraine (accepté seulement par « la plupart des Etats »), tous les pays ont visé cette année le communiqué commun.

Projet majeur au Moyen-Orient

L'autre grande annonce de la journée, c'est la signature d'un accord de principe entre les États-Unis, l'Inde, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l'Union européenne, la France, l'Allemagne et l'Italie pour la construction d'un « couloir » logistique reliant l'Inde et l'Europe via le Moyen-Orient. « Nous voulons lancer une nouvelle ère connectée via un réseau ferroviaire, reliant des ports en Europe, au Moyen-Orient et en Asie », explique un document diffusé ce samedi par Washington.

Si les détails du projet sont encore flous, l'objectif serait de créer des « noeuds commerciaux », tout en « encourageant le développement et l'exportation d'énergies propres », détaille le document. Ce samedi, des sources évoquaient notamment le transport d'hydrogène vert. Ce corridor aura aussi une composante numérique avec la pose de câbles sous-marins. Lors d'une table ronde rassemblant les dirigeants concernés, Joe Biden a salué un accord « historique ».

« Nous, européens, avons un intérêt clair et net à une connexion plus directe avec un partenaire aussi stratégique que l'Inde », indiquait de son côté une source diplomatique ce samedi en marge du sommet, précisant que la ville de Marseille pourrait accueillir le terminus européen de ce corridor stratégique, « sans que ce soit exclusif ». Il est difficile de ne pas voir dans ce projet une réponse américaine aux « nouvelles routes de la soie » de Xi Jinping, d'ailleurs absent du sommet .

L'annonce intervient également au moment où Joe Biden travaille à une éventuelle normalisation des relations entre Israël (qui pourrait éventuellement rejoindre le projet à terme) et l'Arabie saoudite, dans la foulée de celles avec les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc.

Pas de déclaration sur la sortie des énergies fossiles

Contrairement aux attentes, la déclaration du G20 ne contient finalement pas d'appel à sortir à terme des énergies fossiles polluantes, objectif jugé pourtant « indispensable » par le premier bilan de l'accord de Paris publié vendredi par l'ONU Climat. Le texte publié se contente d'appeler à « accélérer les efforts vers la réduction de la production d'électricité à partir de charbon », ce qui exclut le gaz et le pétrole, et de réaffirmer l'engagement à « réduire et rationaliser, à moyen terme, les subventions pour des usages inefficaces des énergies fossiles ».

Les dirigeants du G20, qui représente 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, reconnaissent toutefois que, conformément aux recommandations du Giec, la limitation du réchauffement à 1,5°C « nécessite une réduction rapide, forte et soutenue des émissions de 43 % d'ici 2030 par rapport à 2019 ». Le groupe « poursuivra et encouragera les efforts visant à tripler les capacités en matière d'énergies renouvelables », peut-on également lire dans la déclaration.

L'Union africaine devient membre permanent

Plus tôt dans la matinée, l'Union africaine (UA) a officiellement rejoint le G20 . Une décision qui était quasiment actée compte tenu des nombreux soutiens dont elle bénéficiait. L'UA compte 55 membres (dont six suspendus), totalisant 3.000 milliards de dollars de PIB.

Le continent n'était jusqu'à présent représenté au G20 que par un seul Etat, l'Afrique du Sud . Le leader hindou, qui veut faire de l'Inde un « tremplin » pour les pays du Sud, insuffisamment écoutés selon lui, tient là une victoire diplomatique certaine. Le timing est bon : Narendra Modi va sûrement briguer un nouveau mandat en 2024 et est déjà favori.

Avec lesechos.fr et AFP

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