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Dans une nouvelle tribune publiée ce mercredi 22 juillet 2020, l'activiste des droits de l'homme et président de l'Ong Association Africaine de défense des droits de l'homme (ASADHO), s'est penché sur la nouvelle structure de lutte contre la corruption dénommée Agence de prévention et de lutte contre la corruption, APLC, dont les animateurs ont désignés par ordonnance présidentielle en début de semaine.

Voici l'intégralité de sa tribune :

Il y a lieu quelques jours, le Président de la République a nommé les animateurs de l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption. Ces nominations sont bienvenues, car elles permettent à cette agence de prendre forme.
L’ordonnance qui crée cette agence avait déjà suscité beaucoup de débats au sujet de sa conformité ou pas à la Constitution. Je ne voudrais pas y revenir.
Cette page va porter uniquement sur les facteurs de succès et ou d’échec de cette agence.
A ce sujet, nous parlerons de :

  1. L’abondance d’actes de corruption
    Dans le domaine de prévention et de lutte contre la corruption, il y a trop à faire. Notre pays est corrompu de haut en bas. La corruption est à tous les niveaux de la société voire dans les milieux où elle ne devrait pas être (par exemple dans les confessions religieuses).
    Les animateurs de cette agence ne peuvent pas dire qu’ils ne travaillent pas faute des matières. Selon l’ancien Conseiller Spécial de Monsieur Joseph KABILA en matière de lutte contre la corruption, Monsieur LUZOLO BAMBI, le Congo perdrait 15 milliards de dollars par an à cause de la corruption. Donc, il y a du travail en abondance pour les animateurs de l’agence.
    Cette abondance ne peut être un facteur de succès que si l’agence met en place une stratégie qui lui permet de ne pas se perdre en s’attaquant à tout, mais de se focaliser sur l’essentiel dont l’impact devra être visible pour les congolais.
  2. La localisation de l’agence à la présidence de la République ;
    Le fait que l’agence dépende directement du Président de la République est à la fois un facteur de son succès, mais aussi de son échec.
    Si la volonté du Président de la République de lutter contre la corruption est irréversible en parole et en actes, il est clair que l’agence peut faire son travail sans entraves et elle peut s’intéresser à tout le monde voire aux intouchables. En plus, elle aura les moyens politiques, financiers et matériels pour mener à bien ses actions.
    Mais cette location peut être un handicap s’il arrivait que les proches biologiques ou politiques du Président soient impliqués dans les actes de corruption. Si l’agence devient incapable d’agir contre eux, elle ne convaincra plus personne.
  3. La disponibilité des citoyens à participer à la lutte contre la corruption.
    En majorité, les congolais sont contre la corruption même si certains d’entre nous en tirent un profit direct ou indirect. Cela veut dire que les citoyens et les ONG sont prêts à accompagner cette agence dans la réalisation de ses missions. Cette agence ne peut pas réussir sans accompagnement des citoyens. S’ils n’accompagnent ses actions, la lutte contre la corruption ne sera qu’un slogan sans effet sur l’opinion. Là encore, il est important que l’agence envoie des signaux forts dès le départ qu’elle s’engage à lutte contre la corruption à tous les niveaux sans complaisance. Il faut que les actes parlent plus que les discours.
  4. L’appui des partenaires internationaux
    L’appui des partenaires internationaux est aussi important pour les succès de cette agence. Nous ne devons pas oublier que certains produits de la corruption sont dans certaines banques occidentales ou dans les paradis fiscaux. Pour traquer tous ces corrompus et corrupteurs internationaux, il est clair que l’appui des partenaires internationaux (Institutions, Etats, ONG) est important.
    Mais il faut se garder de compter sur les financements internationaux pour faire fonctionner l’agence. Cela va lui faire perdre son indépendance et occasionner son échec. Elle doit être totalement financée par les fonds nationaux.
  5. Le réveil de la justice
    L’agence de prévention et de lutter contre la corruption n’est pas un tribunal. Elle est appelée à soumettre certains dossiers aux cours et tribunaux. Il est important que les cours et tribunaux considèrent la lutte contre la corruption qui gangrène mêmes les lieux judiciaires comme une priorité. La justice qui s’était déjà endormie en rapport avec la répression des actes de corruption doit se réveiller et s’engager dans ce combat.
    Sans sa participation, c’est l’échec de l’agence.
  6. La qualité des animateurs de l’agence.
    Je ne connais pas personnellement les personnes qui ont été nommées pour animer l’agence. Donc, je n’ai aucun avis à émettre sur elles.
    De manière générale, elles doivent être des personnes compétentes, ayant de l’expérience dans ce genre de travail et des valeurs éthiques de haut niveau. Capables de résister aux actes de corruption et aux pressions familiales, tribales et politiques. Elles doivent aussi avoir une connaissance exacte du fonctionnement de la société congolaise. Si les animateurs de cette agence ne font pas attention à tout ce qui vient d’être dit, il est clair que ça sera une agence de plus et pour rien. Ce que nous ne voulons pas.

Je vous prie de partager largement ce message.
Bonne chance à l’agence et bonne chance à ses animateurs.


Kinshasa, le 22 juillet 2020
Me Jean Claude KATENDE
Le Gardien du Temple.

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