Kasaï-Central : la jeunesse brise le silence autour des VBG

À Kananga, la lutte contre les violences basée sur le genre prend un nouveau visage : celui d'une jeunesse mobilisée, informée et engagée. Réunis ce jeudi 30 avril 2026 dans la salle CEICA, près de 300 jeunes, filles et garçons, ont participé à un atelier de vulgarisation de la ligne verte 122, un numéro gratuit dédié à la dénonciation et à la prise en charge des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et autres formes d'abus.

Portée par le Conseil provincial de la jeunesse du Kasaï-Central, en partenariat avec les ONG DIBA et Voix des Jeunes du Grand Kasaï (VJKA-ASBL), cette initiative marque un tournant stratégique : faire de la jeunesse non seulement une cible de sensibilisation, mais surtout un acteur clé de prévention et de réponse face aux violences.

Au cœur des échanges, un constat s'impose : malgré l'existence de la ligne verte 122, son utilisation reste encore limitée faute de visibilité et de compréhension. À travers des exposés interactifs, les participants ont été outillés sur le fonctionnement de ce dispositif, les mécanismes de signalement et les circuits de prise en charge.

L'accent a particulièrement été mis sur les jeunes filles mères, souvent exposé à des vulnérabilités accumulées. En leur facilitant l'accès à l'information, les organisateurs entendent renforcer leur capacité à se protéger, à dénoncer et à accompagner d'autres victimes dans leurs communautés.

Pour Emmanuel Kabangu, président du Conseil provincial de la jeunesse, l'enjeu dépasse largement le cadre de cet atelier. Il s'agit d'un appel à l'appropriation citoyenne d'un outil mis en place pour sauver des vies.

« La ligne 122 est gratuite, accessible et sécurisée. Mais son efficacité dépend de son appropriation par la population, en particulier les jeunes », a-t-il insisté, saluant l'implication des partenaires dans cette démarche.

Même son de cloche du côté de Laetitia Wele Ngalula, représentante de l'ONG DIBA, salle de Kinshasa, qui appelle à rompre avec la culture du silence. « Dénoncer, c'est déjà résister. La jeunesse doit se lever et refuser toute forme de banalisation des violences », a-t-elle déclaré.

Les témoignages recueillis lors de l'atelier traduisent une prise de conscience progressive. Plusieurs participants se sont engagés à relayer l'information dans leurs milieux respectifs, notamment à travers les réseaux sociaux et les organisations communautaires.

Cette dynamique de relais apparaît essentielle dans un contexte où les violences basées sur le genre demeurent une souffrance majeure en République démocratique du Congo, particulièrement dans les zones fragilisées par des crises sécuritaires ou socio-économiques.

Au-delà de cette session, les organisateurs annoncent la poursuite de la campagne de sensibilisation dans d'autres territoires du Kasaï-Central. L'objectif : ancrer durablement l'usage de la ligne verte 122 dans les habitudes et faire émerger une culture de dénonciation et de protection.

En mettant sur la jeunesse comme levier de changement, cette initiative illustre une approche innovante et inclusive de la lutte contre les violences. Une stratégie qui pourrait, à terme, transformer la ligne 122 en véritable rempart contre l'impunité et un espoir concret pour les victimes.

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