Goma : l’image des femmes DDH instrumentalisée ?

Les militantes venues de diverses organisations locales et internationales, s’étaient réunies à l’hôtel Linda, à Goma, pour lancer les 16 jours d’activisme. 

La salle était décorée d’orange, couleur symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes depuis plusieurs années. Au Nord-Kivu, le thème retenu cette année est clair : « Pour un espace numérique sûr : protégeons les femmes et les filles contre les violences numériques ».

L’ambiance était celle d’une mobilisation collective, d’une célébration de la résilience et de l’engagement. Les participantes, membres du sous-cluster VBG Nord-Kivu, voulaient porter haut la voix des survivantes et rappeler que la lutte contre les violences basées sur le genre ne connaît pas de frontières.

Une photo sortie de son contexte


Mais quelques heures plus tard, l’élan de solidarité s’est transformé en inquiétude. Une photo prise lors de la clôture de l’événement a été publiée sur les réseaux sociaux, détournée de son contexte. Sur le compte X de femmes affiliées au mouvement rebelle M23, l’image a été présentée comme la preuve d’une supposée complicité entre les activistes et la rébellion.

Cette interprétation, fausse et manipulatrice, a immédiatement suscité la stupeur. Dans un groupe WhatsApp, une participante s’interrogeait :

« Mais qui est exactement cette personne qui est venue représenter les rebelles ? Nous, on ne la connaît pas… pouvez-vous nous montrer c’est laquelle sur cette photo ? »

Des militantes exposées

Pour les défenseures des droits humains (DDH), cette instrumentalisation est dangereuse. Elle expose les femmes présentes à des suspicions injustifiées, crée des tensions entre les institutions et les groupes armés, et fragilise la sécurité des activistes déjà confrontées à des risques élevés sur le terrain.

« Cette photo détourne le sens de notre mobilisation. Nous étions là pour sensibiliser, pas pour faire de la politique », confie une autre militante.

Une stratégie répétée

Ce n’est pas la première fois que des membres du mouvement rebelle utilisent les réseaux sociaux pour manipuler l’opinion. En s’appropriant des images ou des discours, ils cherchent à se légitimer, alors même qu’ils sont eux-mêmes auteurs de violences.


Cette contradiction choque : comment prétendre défendre les femmes tout en instrumentalisant celles qui se battent pour elles ?

Cette action va à l’encontre même d’un message vidéo, fait circuler par eux-mêmes en cette même date.

Une condamnation ferme

Les organisations impliquées rappellent que les femmes humanitaires sont apolitiques. Leur engagement s’inscrit dans une campagne mondiale soutenue par l’ONU, et leur présence à Goma visait uniquement à renforcer la coordination humanitaire et à sensibiliser les communautés.

« Les femmes défenseures des droits humains ne sont pas des instruments politiques », martèle une représentante. « Elles agissent pour protéger les plus vulnérables, et leur image ne doit pas être utilisée pour manipuler l’opinion publique. »

Stop aux violences numériques 

Cet épisode rappelle que la guerre se joue aussi sur le terrain médiatique. Mais les femmes de Goma, malgré les tentatives de déstabilisation, continuent de porter haut le flambeau de la dignité et de la justice féminines ainsi que des droits humains; cela doit continuer à se faire de manière apolitique et respectueuse par toutes les parties prenantes à la guerre.

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