France : face à la Cour de justice de la République, Éric Dupond-Moretti joue son poste de ministre

Le ministre de la justice Éric Dupond-Moretti. Ph de tiers


Ce mercredi à 15h que le garde des Sceaux saura si la Cour de Justice de la République (CJR) le déclare coupable ou pas de prise illégale d'intérêt. Un an de prison avec sursis a été requis. Pour rappel, il est reproché au garde des Sceaux d'avoir profité de sa fonction de ministre pour régler ses comptes avec quatre magistrats avec qui il avait eu des différends quand il était avocat, en lançant contre eux des enquêtes administratives.

Qui a voulu régler ses comptes ? C'est la question qui a sous-tendu tout le procès. Pour l'accusation, c'est clair : « Le ministre a vengé l'avocat », comme l'a résumé un témoin. Dans sa vie d'avant, Éric Dupond-Moretti avait violemment critiqué dans la presse un juge d'instruction anciennement en poste à Monaco et trois magistrats du parquet national financier. À peine arrivé place Vendôme, il lance contre eux des enquêtes administratives. Lui qui a toujours eu des relations conflictuelles avec la magistrature aurait ignoré les multiples mises en garde sur de possibles conflits d'intérêt.

Mais ces quatre magistrats, « je m'en fous » s'est emporté à l'audience Éric Dupond-Moretti. « C'est le cadet de mes soucis », a-t-il assuré. Alors très occupé à comprendre comment fonctionne son ministère, lui le novice ne fait que suivre les recommandations de ses services sur les suites à donner à des procédures initiées par sa prédécesseure. Le garde des Sceaux n'est « coupable de rien » ont martelé ses deux avocats qui ont plaidé la relaxe. À les entendre, c'est même lui la victime des syndicats de magistrats qui n'auraient jamais accepté sa nomination et qui auraient saisi la Cour de Justice de la République pour le pousser à démissionner.

« Acquitator » va-t-il être condamné ?

Alors celui que l'on surnommait « Acquitator », lorsqu'il était encore avocat, va-t-il être condamné ? Éric Dupond-Moretti va-t-il devoir sortir du gouvernement par la petite porte après des mois de bataille pour clamer son innocence et s'accrocher à son ministère avec le soutien d'Emmanuel Macron ? Car Éric Dupond-Moretti est plus qu'un ministre, c'est un poids lourd du gouvernement, et s'il devait le quitter, cela serait un camouflet pour le président qui a fait évoluer, au nom de la présomption d'innocence, la jurisprudence selon laquelle un ministre mis en examen ou parfois même juste soupçonné sortait du gouvernement.

Mais une condamnation, c'est une autre affaire et le maintenir à son poste malgré tout serait tendre aux oppositions le bâton pour se faire battre. Dans la majorité, on a serré les rangs jusqu'au bout. « La justice, elle condamne ou pas, mais ne nomme pas les ministres », affirme un chef de la majorité comme pour dénoncer l'enjeu politique de ce procès. Quand une membre du gouvernement s'interroge : « Si Éric Dupond-Moretti est déclaré coupable, il sera difficile de ne pas en tirer les conséquences », comme pour dire qu'Emmanuel Macron n'aura plus le choix.

Avec RFI

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