Ebola aux portes de Kisangani : le centre de traitement des épidémies déserté par son personnel

Photo d'illustration



Le Centre de traitement des épidémies (CTE) de Kisangani, situé dans la commune de Makiso, traverse une crise alarmante qui pourrait entraîner la prise en charge des patients atteints de maladies infectieuses. Alors que plusieurs cas de Mpox sont actuellement hospitalisés et que la menace d'Ebola plane sur la région, l'établissement fait face à un manque criant de personnel soignant, conséquence de plusieurs années d'impayés et de l'absence de primes de risque.

Sur les 25 infirmiers qui comptaient autrefois le centre, seuls quatre sont encore en activité. Les 21 autres ont abandonné leurs postes après avoir travaillé pendant des années sans rémunération régulière. Une situation d'autant plus préoccupante que parmi les quatre infirmiers restants, trois exercent encore de manière bénévole. Malgré les difficultés, certains continuent de servir par intensité. 

« Je preste aux consultations, je suis là depuis déjà quatre ans aujourd'hui. Presque tous les infirmiers ici ne touchent rien. Même pour avoir une locale privilégiée, c'est très difficile ici. Nous sommes là pour l'amour du pays », témoigne avec amertume l'infirmier Dieu-Merci Mbula.

La dégradation des effectifs ne concerne pas seulement les infirmiers. Jusqu'en septembre 2025, le centre disposait encore de sept médecins et neuf hygiénistes. Aujourd'hui, un seul médecin et deux hygiénistes assurent le fonctionnement du CTE. Une équipe largement insuffisante pour prendre en charge les douze patients atteints de Mpox actuellement, sans compter les éventuels nouveaux cas susceptibles d'être admis dans les prochains jours.

Le responsable du centre, le docteur Gilbert Omba, tire la sonnette d'alarme face à cette situation qu'il juge extrêmement préoccupante. Selon lui, le risque d'une flambée épidémique majeure ne peut être écarté, surtout dans un contexte marqué par l'apparition de cas suspects d'Ebola. 

« L'ampleur d'Ebola, c'est plus que le Mpox. Avec mon effectif, si les autorités sanitaires ne me renforcent pas, ça sera catastrophique », prévient-il. Il rappelle que le centre accueille des malades provenant non seulement de la Tshopo, mais également du Haut-Uélé, du Bas-Uélé et même de la Mongala, notamment de Bumba. Le médecin appelle également les partenaires sanitaires à fournir des médicaments, les stocks étant presque épuisés.

L'inquiétude est renforcée par la proximité géographique de Kisangani avec la province de l'Ituri, où la souche Bundibugyo du virus Ebola a récemment été signalée. Trois cas suspects sont actuellement placés sous observation dans la ville. Face à cette menace, une partie de la population boyomaise commence à adopter des mesures de prévention, tandis que d'autres continuent d'afficher un certain scepticisme. 

Dans ce contexte, les acteurs sanitaires redoutent que l'affaiblissement du principal centre de prise en charge des épidémies de la région ne compromette la capacité de réponse face à une éventuelle urgence sanitaire de grande ampleur.

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