Don Momat, journaliste politique, photo tiers
Alors qu'un nouveau cessez-le-feu est proposé pour l'est de la RDC, l'expérience récente invite à la prudence. Entre méfiance persistante, multiplicité des acteurs armés et tensions régionales, chaque trêve semble fragile avant même d'entrer en vigueur — un cycle que l'analyste politique Don Momat décrypte à la lumière des accords antérieurs et de leurs limites structurelles.
Analyse — Don Momat
Dans l'Est de la République démocratique du Congo, les cessez-le-feu se succèdent… mais ne respectent jamais longtemps, du moins ces dernières années.
En effet, depuis 2022, Kinshasa et l'Alliance du Fleuve Congo — ex-M23 — ont multiplié les engagements pour faire taire les armes. Au moins cinq tentatives majeures ont été conclues avant celle que Luanda souhaite voir entrer en vigueur le 18 février prochain. Pourtant, sur le terrain, les combats n’ont pratiquement jamais été arrêtés.
Au cœur des blocages : un manque de confiance total entre les deux camps. Le gouvernement accuse l'AFC de profiter de chaque rêve pour consolider ses positions. Les rebelles, eux, affirment qu'ils ne font que répondre aux offensives des FARDC ou aux actions d'autres groupes armés présents dans la zone.
Car c'est l'un des obstacles majeurs : la multiplicité des acteurs. Forces régulières, groupes d'autodéfense, milices locales, combattants étrangers… Une mosaïque qui rend l'application d'un cessez-le-feu extrêmement fragile. Un seul incident peut suffire à faire voler l'accord en éclats.
À cela s'ajoute la dimension régionale du conflit. Les tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali compliquent chaque tentative de médiation. Sans apaiser entre les deux capitales, aucun trêve durable ne semble réellement envisageable.
Les accords précédents souffraient également d'un manque de mécanisme de surveillance crédible. Faute d'observateurs capables de vérifier les violations, les accusations mutuelles ont rapidement pris le dessus, fragilisant davantage les engagements pris.
Alors que l'Angola tente une nouvelle fois de ramener les parties à la table des négociations, l'enjeu est clair : transformer un cessez-le-feu fragile et théorique en une véritable pause des hostilités. Une condition indispensable pour soulager des millions de civils pris au piège d'une crise qui s'enlise depuis plus d'une décennie.
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