Photo d'illustration
« Dans la société, le plus souvent, les victimes [des violences sexuelles et basées sur le Genre] ne veulent pas dénoncer. Elles disent que mon mari par exemple me frappe parce-que c’est normal, c’est le chef de la famille. Dans ma communauté ou ma coutume, si on ne me tape pas, il n’y a pas une preuve d’amour. Il y a certaines personnes qui pensent ça, et au fait, c’est un raisonnement erroné. Alors, je pense qu’à partir d’aujourd’hui, je vais encore renforcer davantage par rapport à ça et leur démontrer que non, ce qu’ils subissent là, ce sont des violences qu’il ne faut pas accepter, et qui petit à petit, causent de graves conséquences. »
Comme 16 autres de ses collègues qui ont terminé ce jeudi 17 juillet 2025 une formation de trois jours sur la lutte contre les violences sexuelles et basées sur le Genre et la masculinité positive à Bunia en Ituri, Evodie Madhira s’engage à aller sensibiliser ses amis et sa famille au danger de ce phénomène. Celle qui fait partie de la Cellule technique mixte de la masculinité positive en Ituri a, trois jours durant, été outillée par la MONUSCO à travers sa Section du Genre, à aller à son tour, conscientiser les autres membres de la communauté sur les méfaits des violences sexuelles et basées sur le Genre : la notion même du Genre, la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU et d’autres instruments juridiques nationaux et internationaux sur le Genre et la masculinité positive.
« La masculinité positive, qui est contraire à la masculinité toxique, est un comportement de l’homme qui est respectueux des droits des femmes et des jeunes filles. Par exemple, un homme qui partage, qui discute de son salaire, et qui montre son salaire à sa femme. Les femmes ont besoin d’aide, par exemple pour s’occuper des travaux traditionnellement réservés aux femmes, comme prendre soin des enfants, préparer à manger ou faire le ménage, et inculquer ce comportement aux enfants, en leur montrant qu’il n’y a pas de travaux réservés aux fille et d’autres aux garçons, ils peuvent tous faire le même travail », explique Alain Rubenga de la Section du Genre de la MONUSCO à Bunia.
Un contexte préoccupant en RDC
La République démocratique du Congo continue de faire face à un niveau alarmant de violences sexuelles, notamment dans les zones touchées par les conflits armés, comme l’Ituri. Ces violences, souvent utilisées comme arme de guerre, laissent derrière elles des séquelles profondes tant physiques que psychologiques pour les survivantes. Malgré les efforts conjoints des autorités, des Nations Unies, des ONG locales et internationales, les défis restent énormes : impunité persistante, stigmatisation des victimes, manque d’accès à la justice et à l’accompagnement psychosocial.
En initiant cette formation, la MONUSCO entend renforcer les capacités locales pour faire face à cette problématique de manière durable et inclusive, en intégrant tous les acteurs sociaux, y compris les hommes, dont le rôle dans la prévention est fondamental.
La Cellule technique mixte de la masculinité positive est l’une des stratégies de l’Etat qui est chargée de mettre en place la politique du gouvernement en termes de la masculinité positive dans la province de l’Ituri. Elle porte sur plusieurs volets, notamment les sensibilisations et l’accompagnement de couples, l’identification même des couples où le comportement de certains maris met les femmes dans une situation de vulnérabilité.
C’est en janvier 2025 que la Cellule Technique Mixte de la Masculinité positive (CTM+) dont les membres viennent d’être outillés par la MONUSCO, est opérationnelle en Ituri ; mais sur le plan national, elle a été instituée depuis aout 2022 par le gouvernement congolais. Le rôle de la Mission des Nations Unies, c’est d’abord le transfert de connaissances(à l’exemple de cette formation), la formation sur le Genre, la masculinité positive, les violences basées sur les genres…
Être des ambassadeurs de la masculinité positive
Au terme de cette formation, les participants, parmi lesquels des enseignants, des avocats ainsi que des représentants des organisations féminines, vont désormais aller sur le terrain, dans leurs communautés respectives, pour organiser des sensibilisations autour de la lutte contre les violences sexuelles et basées sur le Genre thématique, notamment sur la masculine positive.
Fabien Kasereka Kayembaku est expert de la Cellule mixte de la masculinité positive/Ituri. Pour lui, les hommes et les femmes doivent changer de comportement de langage et d’habitudes :
« Cette formation que nous venons de suivre nous a outillés, avec de nouvelles stratégies, comment nous allons sensibiliser la communauté à la prévention des violences basées sur le genre, et aussi promouvoir la masculinité positive. Concrètement, nous sommes appelés en commençant par nous-même, à être des masculins positifs ; c’est-à-dire nous devons promouvoir l’homme et la femme, ils doivent exercer les mêmes fonctions dans la société qui ont longtemps été bafoués par les hommes ; alors que la femme et l’homme, doivent exécuter les mêmes taches dans la société. En commençant par moi-même, je vais encourager ma femme. Par exemple, avant, je lui disais : madame, vous devez garder les enfants à la maison, ne sachant pas qu’elle pouvait aussi m’aider en apportant un plus sous le toit parental ; aider à piler le pondu [feuilles de manioc], on doit s’entraider, je dois l’aider à laver les enfants. La masculinité positive aide la femme et l’homme à lutter contre les violences sexuelles, parce qu’elle prône l’égalité des sexes ».
Avec la MONUSCO
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