Les accords conclus en toute opacité entre le régime de transition au Mali et le groupe Wagner portent également sur la sécurisation du périmètre du pouvoir et la lutte – hypothétique – contre les groupes terroristes. En contrepartie, la société paramilitaire peut compter sur une exploitation programmée de ressources minières, ainsi qu’une rétribution mensuelle et néanmoins informelle d’un montant estimé à 10 millions de dollars. Fin juin 2023, le porte-parole de la Sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby, a rendu publique une information selon laquelle « le gouvernement de transition du Mali a payé plus de 200 millions de dollars à Wagner depuis fin 2021 ». Cependant, comme l’a fait observer John Kirby, « malgré l’argent versé par le Mali au groupe Wagner, la situation sécuritaire dans le pays ne s’est pas améliorée ».
L’histoire commune de Prigojine et Poutine ne se termine pas avec l’épisode de la rébellion contrariée de Wagner. Le temps révèle nombre de secrets partagés entre les deux hommes. Toutefois, au vu des événements du 24 juin 2023 en Russie, les dirigeants africains alliés à ce pays pourraient-ils poursuivre leurs relations avec les éléments de Wagner, comme si de rien n’était ? Pourraient-ils seulement expliquer en quoi profite à leur population la conservation de la logique scabreuse du deal wagnérien ? Quant à la coopération dite « d’Etat à Etat », pourrait-on l’entretenir indéfiniment sous le sceau de l’opacité, de l’ambiguïté et du mensonge ? Quelle fiabilité accorder encore aux termes de la coopération sécuritaire russo-africaine, après le spectacle ahurissant de la fronde avortée de Wagner contre l’armée et le régime de Poutine ? Cet épisode aura sensiblement ébranlé l’autorité de Vladimir Poutine, tout en jetant un sévère discrédit sur la puissance militaire russe déjà confrontée aux revers de son engagement aléatoire en Ukraine.
Quel sera, après l’aventure insurrectionnelle de Prigojine, le climat des échanges lors du prochain sommet Russie-Afrique qui se tiendra les 27 et 28 juillet 2023 à Saint-Pétersbourg ? Une réunion destinée, pour la Russie, à faire une démonstration tonitruante de son influence sur le continent africain. Au-delà des discours incantatoires, les dirigeants et autres acteurs africains qui s’y rendront devraient davantage saisir cette occasion pour faire un bilan lucide de cette confuse coopération, plutôt que de céder aux pièges de l’allégeance.
Par Francis Laloupo
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